Depuis le 02 janvier 2013, ma collection de kyusu a doublé ! 2 + 2 = 4. Les quelques lecteurs fidèles de mon blog reconnaîtront au fond le kyusu shudei (terre rouge) de Yamada So, acquise en 2010. Puis le Yakishime (cuisson au bois - 2011). Je pensais cheminer un bon bout de temps sur ma voie du sencha avec ce couple de kyusu...Hélas, Yamada So a eu l'ingénieuse idée d'inventer son propre style de théière, les 2 précédentes étant aussi ses oeuvres, mais ce sont des modèles qu'il perpétue selon la tradition familiale des Yamada. Là il innove avec ce kyusu à l'émail bleu, cuit au bois. En tant que fan absolu du travail de ce jeune artiste japonais, je n'ai pu résister à l'envie de constituer ce trio de kyusu, de découvrir toute l'étendue de sa "gamme"...Tout ceci resterait raisonnable si en mars je n'avais découvert la possibilité, sur des sites d'enchères japonais, d'accéder à des antiquités...Résultat : le tout petit kyusu que vous voyez là au premier plan, oeuvre de 小常山, littéralement "ko Jozan" ou jeune Jozan, qui est le sceau employé par Yamada Jozan II, l'arrière-grand-père de Yamada So. Kyusu qui date des années 1950.
Bref, toutes ces pérégrinations passionnantes font de moi l'heureux propriétaire désormais de 4 superbes kuysu pour préparer mon thé japonais. Pour en revenir au titre de cet article...: tout ceci est-il bien raisonnable ? Comme j'aime compliquer les choses et me poser des questions existentielles, je me trouve face à une contradition interne (déjà souvent soulevée ici...). D'une part, la recherche de simplicité, de sobriété, de peu, de rares objets, toujours les mêmes. Fidélité. D'autre part, l'insouciance de se passionner pour des créations incroyables, découvrir les récentes (ou très anciennes !) productions des potiers que l'on aime.
Autre chose que je constate : entre l'euphorie de la découverte, des photos que l'on découvre sur internet, avec un superbe éclairage sur fond noir...et après quelques semaines d'utilisation régulière, il se passe des choses. Ce kyusu bleu par exemple, est absolument extraordinaire, une vraie oeuvre d'art, une magie pour les yeux, sous toutes les coutures un tableau de maître. Mais il est émaillé. Il ne vit pas comme les 2 autres en argile rouge brute. J'ai moins de plaisir à le manipuler, l'enduire de thé, le frotter etc. Résultat : je l'utilise assez peu fréquemment...mais quand je l'utilise, c'est le pied ! Rareté, intensité. Autre constat : le petit kyusu rouge ancien, est délicat à utiliser pour des senchas aux petites feuilles fragmentées (fukamushi), qui viennent facilement boucher le filtre...l'ergonomie n'est pas aussi bonne que les 3 autres kyusu...Résultat, je l'utilise de préférence pour les futsumushi sencha (aux feuilles plus grandes), avec d'excellents résultats...Mais ce faisant, j'empiète en quelque sorte sur le registre du kyusu Yakishime qui excelle lui-aussi sur les futsumushi...(quand je vous disais que c'était compliqué !). Conséquence : le Yakishime reste plus souvent qu'à son habitude sur l'étagère ! Ce qui m'amène à la conclusion (temporaire en tout cas) : 4 c'est trop ! (ou ?).
Je bois en moyenne 1 thé japonais par jour. Soit 6-7 par semaine. Alternance en gros de fuka et futsumushi...Je constate que j'utilise chaque semaine disons 3 fois le grand kyusu rouge (mon préféré sans conteste, avec des fukamushi qui sont aussi mes sencha préférés), 2 fois le petit rouge avec du futsumushi, et 1 fois le Yakishime. Le bleu plus rarement...tous les 10 jours...Est-ce rendre honneur à des théières de pareille trempe, et donc aux artistes qui les ont créées, que de les utiliser trop rarement ? Est-ce masochiste de se poser de telles questions ?
Je me dis souvent que je pourrais vivre mon sencha avec uniquement le grand kyusu rouge, que les autres ne sont que bonus, luxe non indispensable. Je simule ces temps-ci une situation comme celle-là en "enfermant" dans mon tiroir à thé 2 de ces 4 théières, pour ne laisser "exposées" que les 2 autres. Mais assez vite je les ressors...Le temps dira si un jour j'aboutis à cette situation de grande simplicité et dénuement...ce qu'à la fois je souhaite et je redoute...en tout cas, c'est passionnant !