Mercredi 2 avril 2014 3 02 /04 /Avr /2014 14:33

les vagues déferlent sur les rocs,

mes dents

l'écume blanchit la plage,

ma langue

une tempête de pu er fait rage dans

ma bouche

 

 

le thé est l'axe central de la centrifugeuse qu'est la vie

 

 

un thé, un point

patiemment je trace

une ligne de vie

 

 

chaque matin je taille un diamant

dont l'éclat

éclaire mes pas

toute la journée durant

 

 

ta sève coule en moi

tasse tronc

mes veines et ton phloème

communiquent

 

 

en vain j'ai cherché ce matin

à percer le mystère de ta liqueur opaque

mais tu es demeurée

impénétrable

à la lumière de mon coeur

 

 

face à face, dans la boue

deux chevaux mâchent leur foin

qu'il semble chaud et croquant !

 

 

le coureur tente en vain

de suivre la branche morte

sur la rivière en crue

 

 

les chaudes et brillantes paillettes

accueillent l'austère liqueur

comme le printemps jaune des colzas

reçoit mon corps fatigué

 


Par Lionel - Publié dans : Au quotidien... - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Mercredi 12 mars 2014 3 12 /03 /Mars /2014 22:02

  J'ai reçu il y a pile 1 mois le plus beau kyusu que j'ai vu de ma vie...

 

 

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Un kyusu signé Taisuke 大佑 Shiraiwa 白岩.

 

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Taisuke (son nom) Shiraiwa (son prénom) est ici à gauche, à côté de son illustre professeur Konishi Yohei 小西洋平.

 

Il est installé à Hakodate, sur l'île de Hokkaido, la plus septentrionale de l'archipel japonais. Ville où la tradition de la céramique est encore aujourd'hui très peu présente...

 

Il est né en 1985.

 

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Il produit uniquement des théières. Cuisson au feu de bois (son four ci-dessus), mais aussi four électrique et au gaz.

 

Son site internet

 

Shiraiwa-san est un jeune potier, mais déjà très talentueux. Il suffit pour s'en rendre compte de parcourir la galerie des kyusu qu'il a produits (3è onglet sur son site).

 

Celles et ceux qui connaissent le travail de Konishi Yohei y percevront probablement la filiation évidente avec son professeur.

 

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Ce qui me fait fondre en premier lieu, c'est ce manche extrêmement court, cintré, qui s'ouvre et se referme presque entièrement. Autre appendice très court : le bec. Avec cette attache très caractéristique sur le corps de la théière, par ce cercle très marqué. Taisuke Shiraiwa explique sur son site sa recherche esthétique et fonctionnelle...Manche et bec courts sont des points prioritaires pour lui.

 

La forme de ce kyusu est vraiment sensationnelle aussi : très racée je trouve, trapue, ramassée, mais quel dynamisme !

 

Le couvercle, avec ce bouton inimitable, unique, jamais deux fois le même !

 

La couleur de cette argile de Hakodate, noire scintillée de cristaux brillants à l'intérieur, tantôt mate tantôt brillante à l'extérieur. Et quel beau yohen, vert - bleuté !

 

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Au delà de ses qualités esthétiques, ce kyusu est très fonctionnel. Il mesure 220 ml.

Le filtre est un filtre non direct, mais légèrement incurvé, qui épouse parfaitement la paroi interne. Il est très efficace avec tout type de sencha.

La prise à deux mains pour verser est parfaite aussi.

 

J'ai la chance depuis deux mois d'échanger des messages avec Shiraiwa-san. Même si l'anglais est une langue qu'il pratique peu, c'est formidablement enrichissant. Faire reconnaître son travail dans sa région, ni même au Japon n'est pas chose facile. Il est donc très heureux de pouvoir bénéficier de cette mise en lumière que je suis à mon tour très heureux, et honoré de lui offrir.

 

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(yuzamashi également par Taisuke Shiraiwa).

 

Je vais m'arrêter là, mais il y aurait tant à en dire...

 

Je souhaite vraiment aider Shiraiwa-san à faire connaître son travail en France, voire plus largement. Si donc vous avez des questions suite à la lecture de cet article, n'hésitez pas à me contacter, laisser un commentaire etc.

 

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Samedi 25 janvier 2014 6 25 /01 /Jan /2014 17:51

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tasse - tronc de hêtre

par un mouvement inverse aux lois de la nature

en toi je verse la sève brute

tu me nourris de ta sève élaborée

 


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Jeudi 9 janvier 2014 4 09 /01 /Jan /2014 17:23

Sencha et Pu er sont mes 2 jambes. C'est avec eux que je chemine chaque jour sur ma voie du thé. Et je remarque que je vis assez différemment ces 2 familles de thé.

 

Le sencha - Le Pu er

 

Je bois mon sencha quasi-exclusivement tôt le matin, entre 6 et 8h.

Je bois mon pu er le plus souvent l'après-midi, voire sur une journée complète en travaillant.

 

J'aime le thé japonais de plus en plus pour ses fabuleuses céramiques et poteries. La tasse a presque autant d'importance que la théière.

Je suis bien moins exigeant pour les ustensiles chinois. Certes j'adore les petites théières Yixing, mais je peux utiliser des ustensiles plus simples, plus neutres, moins recherchés que pour mon thé japonais.

 

Quand je prépare et déguste mon sencha, j'essaie d'en faire un moment de méditation en quelque sorte. Assis calmement en tailleur sur mes coussins. Silence. Silence des pensées. Gestes déliés. Verse délicate dans un kyusu au volume assez confortable sur les fragiles feuilles de sencha. Attention à la température de l'eau. J'apprécie chaque gorgée intensément. 3 ou 4 infusions et c'est fini. C'est un moment de détente et d'apaisement, mais aussi contenu, maîtrisé. Japonais quoi !

Lors de la dégustation d'un pu er, je pense que je "me lâche" plus. Je "truffe" la théière d'une grosse quantité de feuilles, non pesée. J'y verse de l'eau bouillante. Je fais déborder l'eau, j'arrose la théière. Je verse dans une tasse assez simple. Souvent j'enchaîne 2 infusions immédiatement, je bois la tasse parfois très vite, recherchant la sensation forte, l'expérience maximale de force et de mordant, l'amertume et l'astringence du jeune pu er sheng.

 

En sencha, je ne vais pas chercher les plus belles feuilles, les plus hautes qualités. Depuis 3 ans que j'en bois, je pense commencer à cerner les 7-8 thés que j'aime boire sur l'année. J'aime les thés plutôt simples, j'aime retrouver les mêmes thés d'un matin à l'autre.

En pu er, je suis plus curieux, expérimentateur, à la recherche de belles feuilles, prêt à mettre des prix plus élevés au gramme qu'en sencha.

 

Le sencha est mon thé du coeur.

Le pu er est mon thé du corps.

 


C'est vraiment avec ces 2 types de thés que je trouve mon équilibre au quotidien.

 


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Samedi 21 décembre 2013 6 21 /12 /Déc /2013 21:28

"Plus on connait les choses, plus elles sont belles", écrit Sylvain Tesson dans "Dans les forêts de Sibérie".

J'aime cette phrase. Elle me parle tellement.

Ainsi, la beauté d'une céramique ou d'un kyusu japonais n'est pas pleine et entière dès le premier regard ? La beauté de nos ustensiles n'est pas intrinsèque à leur nature, mais elle existe et évolue au gré du regard qu'on leur porte et des gestes que l'on a pour eux ?

Mon expérience essentiellement en matière d'ustensiles de thé japonais me fait souscrire pleinement à cette idée. J'utilise mon kyusu shudei de façon très régulière depuis plus de 3 ans. Je le connais parfaitement. Son volume, ses courbes, sa texture, ses lignes concentriques, ses particules saillantes ici et là. La patine qu'il a prise en 3 ans. J'aime ce kyusu tellement plus qu'il y a 3 ans. Il n'a jamais été aussi beau. J'y tiens tellement.

J'ai un Yunomi de style "Kohiki" signé Hamada Jyunri depuis janvier 2013. Kohiki veut dire qu'une couverte transparente est appliquée sur la pièce, ce qui la rend dure en surface, et donc peu évolutive. Figée. Cependant, je trouve qu'elle évolue. Je ne la vois pas identique deux matins de suite. Je ne cesse d'y découvrir des détails nouveaux...du bleu ici, du violet au milieu du beige là, une face aplatie que je n'avais jamais vraiment remarquée, une teinte plus grise sous un éclairage différent...Tous ces émerveillements du quotidien ne sont possibles que parce que je connais très bien cette tasse, je l'ai parfaitement en main, j'ai comme incorporé dans ma main ses dimensions, son gabarit. C'est parce que je la connais bien, cette tasse, que je la trouve vraiment très belle. Sa beauté n'est donc pas uniquement en elle, mais aussi en moi, elle naît de mon regard sur elle, de mes gestes pour elle. Ce qui me fait citer cette deuxième phrase que m'a écrite un jour un ami de thé, peintre :

"La beauté des choses naît du regard que l'on porte sur elles". La beauté de mes ustensiles naît du regard que je porte sur eux.

 

De la première phrase, il me semble que l'on peut en tirer l'enseignement suivant pour notre pratique quotidienne (il est toujours bon de pouvoir tirer des enseignements pratiques de grands principes...) :

- pour exprimer pleinement la beauté de nos ustensiles, il faut les connaitre, c'est à dire les voir chaque jour, les toucher, les caresser, les frotter, les utiliser avec du thé évidemment...les voir évoluer, se patiner, se culotter, se craqueler. Leur être fidèle. Se lever le matin pour retrouver avec le sourire les êtres que l'on aime...il doit en être de même avec nos ustensiles. Selon moi ceci implique avoir peu d'ustensiles, et les utiliser souvent, souvent les mêmes. C'est pour moi la condition sine qua non pour bien connaître ses objets, et donc voir leur beauté rayonner.

 

De la seconde phrase, me vient la réflexion selon laquelle la beauté absolue d'une tasse, d'une théière incroyable que l'on voit dans une galerie de céramiques réputée n'est pas systématiquement supérieure à la beauté relative, celle qui naît de la relation que nous avons avec nos ustensiles. Pour ne pas systématiquement trouver plus beaux et désirables les ustensiles que l'on voit sur internet, que les ustensiles que l'on possède déjà, (comportement qui est encore souvent le mien aujourd'hui), inversons la tendance, et essayons de voir dans nos ustensiles actuels l'histoire que nous avons en commun, parce que la beauté d'un objet réside aussi dans cet impalpable, dans l'histoire que depuis des mois ou des années nous écrivons ensemble, dans ces matins passés ensemble avec un bon sencha...

 

J'utilise depuis 2 ans une modeste petite théière de forme xishi pour infuser mes pu er au bureau. Quand je suis au bureau une journée entière, je l'ai en permanence à côté de moi, je la prends en main très souvent, la frotte, l'enduis de thé, l'admire sous la lumière changeante. Le week-end, à la maison, j'utilise deux petites zini plus prestigieuses, faites d'une meilleure argile, aux plus belles finitions...Souvent je laisse ma xishi au bureau le week-end et les vacances, posée à sécher sur une serviette dans un tiroir. Je ne veux pas la ramener à la maison, et la poser sur ma table à thé à côté de mes 2 zini. Hier, je l'ai ramenée à la maison pour les vacances. Je pensais : "Cette théière n'est pas aussi belle que les 2 autres, elle ne mérite pas de trôner sur ma belle pierre sur ma table à thé". J'ai désormais compris que c'est peut-être ma plus belle théière yixing. Pas selon des critères absolus, mais selon des critères relatifs. Moi seul trouverai cette théière plus belle que les 2 autres. Parce qu'on a un vécu ensemble, ces parfois longues journées de bureau à traiter des dossiers pas très marrants, ces pauses thé pour s'alléger l'esprit et repartir plus concentré...ces taches sur le pourtour de l'ouverture, ce culottage, ce parfum de pu er une fois ébouillantée..Ces souvenirs rendent cette théière plus belle à mes yeux que les autres...(que j'adore aussi !).

 

Avoir peu d'ustensiles, souvent les mêmes.

Bien les connaître.

Ecrire une histoire avec eux.

Leur être proche et fidèle.


Voilà ce à quoi je vais m'attacher en 2014. Je ne dis pas que j'y arriverai facilement, les tentations de découvrir de belles céramiques, poteries et thés nouveaux sont nombreuses...mais c'est vraiment un chemin que j'aimerais pouoir suivre désormais...

 

 


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Mardi 17 décembre 2013 2 17 /12 /Déc /2013 18:20

 

 

mon sencha ce matin fut une si belle fleur

que dans mon vase du jour, je n'en veux aucune autre

je veux la contempler, seule et majestueuse

que son calice accueille toutes mes pensées du jour...

 


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Vendredi 6 décembre 2013 5 06 /12 /Déc /2013 18:09

 

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ceci n'est pas une tasse...

c'est le mur de pierre auquel chaque matin je m'adosse

c'est le tronc d'un charme dont j'admire ému les veines argentées

c'est mon bâton de marche, que je serre fermement en main pour arpenter les sentiers de la vie

c'est le petit creuset où je verse l'essence de ma vie

c'est le puits où je plonge mon regard chaque jour

et j'y sombre tout entier, en quête de moi-même...


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Dimanche 24 novembre 2013 7 24 /11 /Nov /2013 10:19

.

 

le sencha pour moi ?

une caresse

 

le pu er ?

une claque

 

 



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Samedi 9 novembre 2013 6 09 /11 /Nov /2013 18:19


Préalable 1 : la réflexion que j’expose ici est toute personnelle, et ne se veut en aucune manière universelle, générale. Mon idée n’est évidemment pas de donner des leçons à qui que ce soit, ni de rédiger un code de conduite. Il y a autant de voies du thé que de passionnés…

Préalable 2 : je pense que vous le sentirez si vous lisez les paragraphes qui suivent : ce qui marque la période actuelle que je vis, c’est comme l’atteinte d’un équilibre (non sciemment recherché), la fin d’une quête (qui n’en est pas une réellement), l’adoption d’une nouvelle posture, la stabilisation de ma pratique quotidienne autour de mes ustensiles et de mes thés actuels, sans plus vraiment chercher à explorer, aller vers l’extérieur, mais au contraire donner priorité à l’introspection. J’ai ainsi beau jeu de prôner la sagesse et la sobriété, après m’être adonné plusieurs années durant à de multiples achats, tel un pays prônant le désarmement après s’être équipé de la bombe nucléaire…

 

Depuis 12 ans que je suis passionné de thé, j’ai acheté 32 théières, je pense à peu près autant de tasses (même si je n’en tiens pas une comptabilité aussi précise que pour les théières), plus divers autres ustensiles (boîtes, plateaux, etc.). Je ne pensais pas à mes débuts qu’un chemin de thé était pavé d’autant d’ustensiles.


2013 a été une année particulièrement faste en la matière, 3 kyusu, 1 yixing, 6 tasses..., soit environ 1 ustensile nouveau chaque mois. Ca n’est pas exorbitant non plus, mais ça me pose question..d’où le titre... Je me suis demandé quels étaient les ressorts, les déterminants de mon comportement d’achat depuis environ 2 ans. Au delà de l’image que je pense nous avons tous en tête, ou eu en tête, de l’ermite méditant et savourant son thé devant sa grotte, avec pour seuls compagnons une théière et un bol, chaque jour les mêmes, quand j’en parle autour de moi à des personnes néophytes, c’est souvent l’étonnement qui domine en constatant les multiples achats qui accompagnent une vie de thé, « Quoi ? 32 théières ! ».


(La réflexion que je propose ici est surtout valable une fois que l’on est « en vitesse de croisière » il me semble, les choses sont différentes lorsque l’on entre à peine dans sa voie du thé, quand l’on part de zéro, qu’il nous faut alors bien s’équiper en ustensiles divers pour préparer ses thés préférés…- chers newbies, vous avez mon absolution !).


Acheter un nouvel ustensile consiste à passer d’une situation A/ la situation actuelle, à une situation nouvelle B/. Première hypothèse pour répondre à la question : la situation A ne nous satisfait pas, il nous manque quelque chose, l’ennui nous ronge, un objet manque qui permettrait d’ouvrir un nouvel horizon de dégustations. Les wulongs Yancha me passionnent, je n’ai pas de petite Yixing à leur dédier par exemple. L’achat est alors justifié. J’ai expérimenté cela plusieurs fois : en 2008 pour les Yancha justement, puis en 2009 pour les wulongs taïwanais, puis en 2011 pour les pu er, entre-temps en 2010 pour les japonais. Mais une fois les principaux équipements acquis, les achats continuent. 1 kyusu pour le thé japonais, et pourquoi pas 2 ? Intervient alors l’ennui. Ou la crainte de l’ennui. La pratique du thé est une pratique quotidienne, qui implique de fréquentes rencontres avec ses thés et ustensiles. Il est alors naturel de ressentir une certaine lassitude à côtoyer chaque matin le même kyusu, si formidable soit-il, ou de verser systématiquement la liqueur dans le même yunomi. On se construit alors une petite panoplie d’ustensiles, théières et tasses essentiellement. Mais la crainte de l’ennui est là aussi. Je suis très très fan de mon yunomi dit « kohiki » de Hamada Jyunri. Chaque soir à l’heure de préparer le plateau pour le sencha du lendemain matin, ma main pose très souvent ce même yunomi sur le plateau. Mais souvent aussi se ravise, par crainte d’éroder ma passion pour ce yunomi, à trop fréquemment l’utiliser. Donc pour entretenir le charme, l’envie naît de faire entrer une nouvelle pièce dans le jeu. Ce que j’ai récemment fait avec un merveilleux yunomi Karatsu. L’ennui réellement ressenti me paraît justifier un nouvel achat, mais la peur de se lasser peut conduire à des achats excessifs selon moi.


Seconde hypothèse qui nous fait aller de A vers B : B est plus séduisant que A. Ou, pour employer des termes du domaine de l’Economie : ce n’est plus une Demande liée à l’insatisfaction actuelle qui nous pousse à acheter, mais l’Offre qui nous est proposée. Et là évidemment, il y aurait des romans à écrire sur cette offre intarissable d’ustensiles tous plus beaux les uns que les autres qui défilent devant nos yeux à longueur de journée. Les potiers de talent ont de tout temps existé, même si nous assistons chaque jour à l’éclosion de nouveaux artistes très doués, je pense notamment à nos amis officiant dans les Pays de l’Est de l’Europe…Mais ce sont surtout les moyens qui les portent à notre connaissance, médias aujourd’hui sans limite spatio-temporelle, qui sont la cause de notre addiction. Tant de sources possibles où aller admirer de magnifiques théières, tasses, bols, bouilloires, gaiwan ou hohin…Photos haute définition sur fond noir, sous de multiples angles. Internet rend si facile l’accès à tout cela…L’offre donc est omniprésente, chatoyante, séduisante. Et nous succombons à ses charmes. Si je n’avais pas l’occasion via mon activité professionnelle d’accéder régulièrement à internet, je suis certain que je n’aurais pas acquis tous ces ustensiles de thé ces dernières années. Je n’accuse rien ni personne naturellement, c’est bien moi qui navigue en direction des belles galeries de céramiques japonaises, internet n’est qu’un moyen dont j’use (et abuse…). Internet évidemment permet également la mise en relation de passionnés, d’où naissent de formidables possibilités d’échanges, de discussions, mais également la comparaison. Inconsciemment admirer les belles yixing sur un blog suscite la comparaison de sa propre situation avec celle de son compagnon de route sur la voie du thé. Comparaison informulée, amicale, sans jalousie. Volonté aussi de partager des ustensiles communs, pour ensuite partager des émotions communes liées à leur usage. Comme je suis heureux de partager avec 2 amis de thé un formidable kyusu en terre rouge et une tasse féérique ! Je sais en tous les cas que la comparaison a généré chez moi des achats. Autre composante de l’Offre : sa fugacité. Un flux permanent d’occasions à ne pas manquer. Acheter aujourd’hui parce que peut-être demain la perle rare ne sera plus. Tel artiste dont la cote monte sera demain inaccessible ? Telle création que nous ne reverrons probablement pas de sitôt. Telle galette de pu er dont le prix dans 2 ans aura grimpé de 30% ? Là aussi un déterminant qui a souvent joué pour moi. Mais l’expérience me montre qu’a posteriori, les occasions que l’on croit impossibles à rater se renouvellent finalement assez souvent. Plusieurs fois cette année j’ai réprimé mes envies, ce yunomi shino chez Kurimoto, cette mini théière écorce d’arbre de Petr, cette tasse chinoise peinte à la main chez Tim…Jamais je ne l’ai regretté.


Troisième hypothèse : notre besoin d’être dans un flux permanent, savoir qu’à l’extérieur de nous tant de choses bougent, de nouveaux thés sont récoltés, de nouveaux ustensiles sortent des fours de nos potiers préférés, et la peur d’être exclu de la fête. J’ai longtemps ressenti cela. 2 jours sans accéder à internet étaient une source de stress finalement, toutes ces occasions manquées…Toujours avoir un projet d’achat « sur le feu », en réflexion. Ainsi, il m’était devenu normal d’être en perpétuelle recherche de nouveaux ustensiles, pour sans cesse améliorer mon chaki existant. C’est la stabilité qui m’était devenue anormale. Dire stop, je ferme les écoutilles, je stabilise mon cadre. Quelle audace ! Quelle naïveté aussi ! Il semble évident que ce besoin d’être en permanence connecté, en mouvement, est un signe des temps, à voir le nombre de personnes caressant de ce geste si caractéristique l’écran de leur smartphone dans un TGV…


Enfin, dernière explication possible, l’illusion. Avez-vous remarqué que lorsque l’on tombe sous le charme d’une nouvelle tasse, plus rien ne compte à nos yeux, l’horizon se rétrécit pour ne plus laisser entrevoir que ce nouvel ustensile. Je l’ai souvent expérimenté. Très attaché à un yunomi, l’utilisant presque chaque jour depuis plusieurs mois, voilà qu’en apparaît un nouveau d’un style différent, et immédiatement le basculement se fait, le précédent est mis au rencard, injustement supplanté par la nouvelle star. On « sait » alors que notre bonheur dépend de l’acquisition de ce nouvel ustensile. « Je serai obligatoirement plus heureux demain avec ce nouveau yunomi, qu’aujourd’hui avec celui-ci ». Est-ce vrai ? On ne le sait pas tant qu’on n’a pas concrétisé l’acquisition. Evidemment les premiers jours, c’est le grand Amour, on ne se quitte plus, tout nous plaît dans cette nouvelle idylle. Mais l’euphorie dure-t-elle ? Je n’en suis pas convaincu…Pour en revenir à l’illusion, je pense que c’est souvent une illusion de penser qu’acheter un nouvel ustensile nous rendra systématiquement plus heureux. Attention, je ne veux pas mordre la main qui m’a nourri avec tant de délices. Loin de moi l’idée de dire que les merveilleux kyusu, yunomi et yixing que j’ai achetés ces dernières années ne m’ont pas rendu heureux. Mais je peux en citer plusieurs, en qui je voyais « le messie », et que j’ai aujourd’hui revendus, ou qui malheureusement dorment dans un sombre tiroir. Pour contrer cette illusion d’optique, et ne pas laisser le nouveau candidat envahir mon horizon, et se prétendre indispensable à ma pratique, j’essaie d’inverser la démarche. A savoir que je donne l’avantage aux ustensiles présents. Au lieu de voir toutes les qualités qu’a le nouveau prétendant, je considère celles de mon yunomi actuel. Souvent mes tasses actuelles n’ont pas grand-chose à envier à celles qui trônent dans une belle galerie internet. Et il est une vérité mathématique que tout nouvel ustensile qui entre dans notre pratique quotidienne, celle-ci n’étant pas extensible à l’infini, réduit la fréquence d’utilisation des ustensiles déjà là. Je n’aime plus voir des tasses ou théières que j’ai tant adorés jadis devenir d’anonymes objets…

 

Bon, j’en termine avec cette logorrhée…qui j’espère vous aura intéressé...Au plaisir de partager vos réflexions...

 

 


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Lundi 21 octobre 2013 1 21 /10 /Oct /2013 09:34

 

Ce matin Philippe, tu m'as accompagné dans ma dégustation de thé.

Tu aimais les belles feuilles chinoises ou taïwanaises, et les dégustations tardives voire nocturnes. Moi c'est à l'aube que chaque matin je retrouve avec bonheur mes thés verts japonais. Ainsi nous cheminions chacun sur notre route, mais nous partagions le même langage. Celui de l'Amour, de la Passion pour le thé. Mais bien davantage.

Ce n'est certainement pas un hasard si dans l'adjectif qui selon moi te caractérisait le mieux figurent les trois lettres de notre passion commune. AUTHENTIQUE. THE. D'emblée lors de nos premiers échanges il y a quelques années, c'est ce qui m'a frappé, ton authenticité. Tu ne savais pas tricher, tricher avec la vie, tricher avec les gens. Toujours exprimer la vérité que tu avais en toi, être vrai, en accord avec tes convictions profondes. La voie du thé est une quête, quête de bons thés, soif de dégustations mémorables, quête de merveilleux ustensiles. Mais c'est avant tout soi-même que l'on recherche lorsque l'on plonge les yeux dans une tasse de thé. Chercher à se trouver. Etre vrai dans le thé. Comme tu savais le faire ça ! Tracer toi-même ton propre sentier. Et pour cela faire preuve de patience. Cela aussi tu me l'as appris de fort belle manière. Je me souviens t'avoir envoyé plusieurs fois des échantillons de thé. Au bout de 10 jours je m'impatientais de voir le beau compte-rendu que tu en ferais sur Addictea...mais rien ne venait...Un mois ? rien. Puis sortait ton billet sur le premier des 3 thés que je t'avais envoyés. Je me disais "Mince mes thés ne lui donnent pas envie...". Mais non. Tu prenais ton temps. Chose qu'on ne sait plus faire aujourd'hui. Certains jours disais-tu, tu ne buvais que de l'eau, pas de thé. Pour exercer ton palais à reconnaître différentes eaux, une eau ayant séjourné la nuit dans ton pichet Tachi Masaki, ou dans ta bouilloire Purion...Il est si facile aujourd'hui de se laisser happer par le flot de la vie, prendre dans le tourbillon des micro-évènements quotidiens, envisager un nouveau thé alors que l'after-taste du présent ne s'est pas encore évanoui, projeter d'acquérir une nouvelle terre alors qu'on fait à peine connaissance avec sa récente théière. Tu savais t'arrêter, considérer de jolies feuilles de thé, en apprécier le parfum. Faire bouillir ton eau patiemment. Chérir tes belles théières. Goûter cette belle liqueur, et nous en restituer magistralement les subtiles notes.

C'est donc en cela que tu m'as guidé ce matin. J'ai doucement versé l'eau chaude dans mon kyusu en terre rouge. Après l'avoir vidé, j'y ai délicatement fait glisser les feuilles de sencha de Yame, puis pris en main, senti son soyeux, sa douceur, et respiré les effluves sucrées qui en émanaient. Puis versé l'eau tiède sur ces délicates feuilles. Puis j'ai fermé les yeux une minute. Enfin versé lentement cette liqueur verte dans mon yunomi. Je l'ai pris fermement en main, solidement. J'ai bu une première gorgée. J'ai fermé les yeux. Et j'ai pleuré.Tu étais là dans cette liqueur qui imprégnait mon être. Tu étais là dans ces larmes qui ruisselaient sur mes joues. J'étais vrai, authentique. Nu.

Tu es parti maintenant Philippe, mais tu es encore là. Tu laisses un immense vide, mais combien tu nous as apporté ! dont nous devons nous souvenir, dont nous devons faire la chair de nos moments de thé.

Etre vrai, ne pas se mentir. Vrai avec soi-même, vrai avec les autres.

Chérir ses belles feuilles, chérir ses belles terres.

Le thé comme ouverture à soi, ouverture aux autres.

Considérer chaque petite chose comme la plus importante au monde, mettre de l'intensité dans chaque moment de thé.

 

Merci Philippe pour ta gentillesse.

Merci pour ta passion, tes envolées lyriques, tes photos sensibles.

Merci pour tes mots qui m'ont guidé, et qui me guident encore.

 

Les photos de ta reine Li Xin nous manquent déjà.

Je te dis Adieu Philippe, et Merci. A jamais je garderai en mémoire cette petite xishi noire que avions en commun...

 

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