Vendredi 20 février 5 20 /02 /Fév 21:02

Quand je me lève le matin, j'ai besoin de ma dose de buzz. De nouveautés. De sensations. Voir les nouveaux ustensiles acquis par mes copains de thé. Voir si mes galeries de céramiques préférées ont ouvert la nouvelle exposition d'un potier japonais. Continuer à réfléchir au prochain Yunomi que je vais m'offrir. Comparer les sites de vente. Lister les pièces qui me font envie, leurs "plus" et leurs "moins" à chacune. Pour in fine choisir celle qui me correspond le mieux.

Je suis le terrain permanent d'une contradiction insoluble et durable.

Vivre de peu, de simple et sain. Une petite famille d'ustensiles, sobre, restreinte, limitée. Qui me soit proche. Qui me ressemble. Toujours les mêmes. Fidèles à moi. Moi fidèle à eux. Je parle de famille volontairement. Excès d'anthropomorphisme je sais, que d'attribuer à mes kyusu et tasses des caractéristiques du comportement humain. Mais j'aime cette entité familiale, ce groupe fini d'individus, avec qui l'on construit son quotidien, que l'on côtoie chaque jour, que l'on voit évoluer, grandir, changer, mûrir, acquérir une personnalité. Les kyusu et les Yunomi, c'est finalement comme sa compagne et ses enfants. D'où mon envie, un jour, peut-être, je le souhaite, d'aboutir à un ensemble qui ait une fin. Voir arriver des ustensiles dans cet ensemble, les voir séjourner un temps, certains s'en aller rapidement, d'autres rester puis finalement également quitter le groupe, d'autres enfin rester indéfiniment. J'aime ça, et j'aimerais que cela prenne fin.

En parallèle de cela, j'ai en moi en permanence le besoin et l'envie de voir du neuf, de superbes céramiques de célèbres potiers, acquérir des pièces "de ouf", m'offrir des sensations fortes. Pimenter mon quotidien de potentielles surprises. Avoir toujours un projet en tête. C'est une telle fête de recevoir un colis des mains du facteur ! (quand la douane a oublié de taxer ledit colis...).

Mais vu mon rythme actuel d'acquisition de céramiques et de projets en cours, et vu mon âge encore raisonnable (...), je me dis qu'un tel rythme ne peut qu'aboutir à une profusion d'ustensiles, chose que je ne souhaite pas. J'aime le chemin (vivre sans cesse dans le projet d'une nouvelle acquisition) mais je n'aime pas la destination du chemin (une multitude d'ustensiles).

Je sens que je suis proche de l'équilibre que je souhaite atteindre. Encore un kyusu en attente, qui me tient particulièrement à coeur. Encore 2 tasses japonaises, représentantes de styles que je n'ai pas encore. Alors j'espère me sentir comblé. Serein. (?). Apaisé. (?).

Utopie ? Objectif qu'il est illusoire d'espérer seulement atteindre ? Promesse sans valeur ?

L'avenir seul nous le dira.

 

 


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Vendredi 6 février 5 06 /02 /Fév 13:59

 

Dégustation ce matin d'un fukamushi-cha, cultivar Fukumidori de Hiruma Yoshiaki. Un thé aux feuilles fragmentées, qui produit donc facilement une liqueur d'un vert très foncé, épaisse...Que j'ai dégusté dans mon Yunomi Ido de Tsujimura Shiro (cf photo).

 

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sur la candeur pastel de Ido

ruisselle la liqueur dense et sauvage

caresse virile à l'innocente peau

séduite la belle ne veut pas rester sage


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Mercredi 21 janvier 3 21 /01 /Jan 09:19

ido

images-13jan10 1113 Rb 

 

 

calice, ô puits des merveilles


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Lundi 19 janvier 1 19 /01 /Jan 18:34

 

 

dans tes arcanes sombres

fébrile je m'avance

volontiers je m'expose

à ta douce morsure

tout mon être est poreux

à ton amer venin

serein je m'abandonne...

délicieux châtiment

 

 

 


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Dimanche 18 janvier 7 18 /01 /Jan 18:16

 

asatsuyu...


nul autre que toi ne sait

ramener au foyer

mes pensées vagabondes

 

 

nul autre thé ne sait

assagir

mes pensées vagabondes

 

 


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Samedi 3 janvier 6 03 /01 /Jan 18:23

 

 

chaleur, obscurité, anoxie

la liqueur est l'aveu

des feuilles mises au supplice

 

 

 

écrire en lettres éphémères

des mots d'eau offerts à la pierre

formes graciles, pensées fragiles

murmures de l'âme

bus par le roc !


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Samedi 8 novembre 6 08 /11 /Nov 17:38

 

le thé est une pluie

qui irrigue ma terre

lentement s'infiltre

glisse dans les interstices

nourrit mes chairs profondes

apaise mes tensions de surface


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Samedi 27 septembre 6 27 /09 /Sep 18:04

 

Le thé offre vraiment des expériences de vie qui nous permettent de mettre le doigt sur des choses qu'on ne percevrait probablement pas de façon aussi fine sans lui.

 

Ceci fait le lien avec le dernier commentaire que tu as rédigé Jean-Frédéric.

 

Depuis 10 jours, j'ai ouvert un sachet d'Asatsuyu 2014. Asatsuyu est mon sencha préféré. Un fukamushi de l'île de Kyushu, aux étonnantes saveurs de fèves, de légumes, très végétal, une liqueur émeraude d'une beauté inégalable selon moi. Or cette année, quelque chose ne va pas. A l'ouverture du sachet, j'ai constaté que la mise sous vide n'avait pas tenu, que de l'air avait pénétré le sachet. Et puis ce parfum d'habitude si frais, de petits fruits rouges, n'était pas là. Mauvais pressentiment donc. Le lendemain dans la tasse, effectivement je n'ai que peu trouvé mes repères. Pourtant depuis 4 ans que je connais ce cultivar, rares ont été les dégustations décevantes. Ce n'est pas mauvais, mais il n'y a pas les notes si particulières de ce sencha. Comme des notes parasites issues d'une oxydation des feuilles dans le sachet durant quelques semaines...?

 

20130102tujimura01.JPG

jardin de Tsujimura Shiro, Nara, Japon

 

Je suis ressorti déçu de la première dégustation. J'ai hésité avant de refaire ce thé un matin suivant. Puis je l'ai refait. Première gorgée : même constat. Je me suis alors rendu compte que j'avais le choix entre 2 attitudes :

 

- considérer ce thé relativement à ce qu'il a toujours été pour moi, donc ici décevant alors qu'il est d'habitude bouleversant. Et donc prolonger cette déception pendant 1 mois et demi, le temps du sachet. Sachant que j'en ai 2 autres sachets qui eux sont restés parfaitement sous vide. Que j'espère donc meilleurs et fidèles à mon souvenir de ce thé. Me dire donc : "ce thé n'est pas bon, alors qu'il a toujours été bon, et que les prochains sachets seront probablement meilleurs".

Penser "relatif".

 

- prendre ce thé pour ce qu'il est. Certes imparfait. Peu fidèle aux millésimes précédents. Mais buvable néanmoins. Essayer en dépit de tout d'en tirer le meilleur. Varier les terres de kyusu, les yunomi, les paramètres de préparation. Ne pas y chercher les notes d'Asatsuyu mais y prendre juste ce qu'il y a.

Penser "absolu".

 

Je m'efforce d'adopter la seconde attitude depuis 10 jours. Et je peux redire la même chose que toi Jean-Frédéric : "je suis heureux avec ce thé". Il m'invite à un chemin passionnant. Il est meilleur chaque jour. Je le garde souvent très longtemps en bouche, pour chercher et chercher encore ne serait-ce que quelques secondes de délicates saveurs en bouche. Et j'y arrive !

 

Cette expérience involontaire me fait réaliser à quel point il est difficile de vivre l'instant dans son absolu, dans sa vérité nue du moment. Combien de fois j'ai vécu un moment de thé matinal en relatif par rapport à la veille ou au lendemain ! Se dire que la vie commence "maintenant...et maintenant...et maintenant". Se dire que c'est là, dans ce petit coin thé sous le toît, de 6h30 à 7h30, que les choses se jouent. Qu'il ne dépend que de toi de faire de cet ici et maintenant la pierre précieuse de ta journée, dont l'éclat éclairera tes pas toute la journée durant.

 

Cette expérience je pense ouvre un champ pour moi, à explorer, approfondir. Accentuer encore cette force centripète que me mène vers moi, et faire perdre de son intensité à la force centrifuge qui me dilue dans le monde...

 

 

 

Il est, dans mon salon, un vieux coffre de rose
près duquel je m’assieds à la tombée du jour

Je pose mon bâton, boueux des coteaux verts,
dans l'angle noir où dort ma pauvre vieille chienne.
Sur mon chapeau fané par les obscurs feuillages
je jette un rameau rouge en fruits de houx luisant,
et, tandis que j'écoute à l'entrée du village
mourir la cloche obscure et rauque d'un bœuf lent,
je pense à ton amour qui veille sur mon âme
comme un souffle de pauvre à quelque pauvre flamme.

 

Francis Jammes, Elégie huitième, Le deuil des primevères

 

 


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Dimanche 21 septembre 7 21 /09 /Sep 11:02

L'autre jour, je dégustais un pu er shu au petit déjeuner.

 

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Un thé tout simple, simplement préparé en grande théière. 20€ la galette. Dégusté seul ou avec des tartines beurrées.

 

Quelques minutes après, je me connectais à internet pour admirer les Chawan exposés à la galerie Ippodo de New York. Dont ceux de Tsujimura Shiro.

 

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Un bol somptueux, oeuvre d'un artiste japonais renommé, exposé dans une galerie réputée.

 

Et là j'ai réalisé à quel point le thé pouvait s'exprimer sous des jours différents.

 

 

shu noir

chawan noir.

même chose

 

 

Je me suis dit : "En fait, ce petit pu er me rend - peut-être - aussi heureux que le ferait ce Chawan incroyable...".

Un petit thé sans prise de tête, facile à préparer, plein, apaisant. Génial moment.

Versus

Un matcha solitaire et silencieux dans ce tsutsu Chawan prestigieux.

 

J'aime ces 2 faces du thé.


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Samedi 6 septembre 6 06 /09 /Sep 18:58

Vendredi 6h30.

Yumewakaba 2014.

Shudei kyusu Yamada So.

Yunomi Shigaraki Kengo Saeki.

 

P1120002.JPG

 

 

Je suis heureux d'utiliser des ustensiles et un thé "simples" et "éprouvés" :

- mon plus ancien kyusu : bientôt 4 ans d'une utilisation régulière, 2-3 fois/semaine

- yumewakaba, un des 3 premiers sencha qui m'ont fait tomber amoureux de cette famille de thés en 2010

- un yunomi cuit au feu de bois, de forme simple, sans chichi, pas cher.

 

J'aime retrouver le matin des ustensiles sans prestige particulier, mais chers à mon coeur.  Je me sens à l'aise avec eux, pas impressionné, comme je peux l'être avec d'autres ustensiles (dont je reparlerai ultérieurement...).

 

 

 

Je me rends compte aussi que je choisis mon thé du matin, entre autres, selon le type de journée que je vais passer. Ce vendredi c'était journée de terrain dans les champs de maïs, nature, soleil, activité physique, grand air. J'avais besoin le matin d'un chaki (ensemble des ustensiles) proche de la nature, d'un thé simple, fort, végétal, boueux...D'où ces terres rouges du kyusu et du yunomi, ce fukamushi simple et franc. Une journée au bureau, à réfléchir sur des trucs plus compliqués par exemple, je sens que j'irais plus vers un thé "de bouche", comme un futsumushi sencha de montagne, dans une petite tasse délicate.

 

Intéressant de voir jusqu'où peuvent aller les liens entre ses ustensiles et thés et sa vie professionnelle, familiale ou autre...Le thé n'est pas un sujet clos, qui se suffit à lui-même, s'auto-alimente et produit des effets juste pour lui-même. Non, le thé est pleinement dans ma vie. Le moment de thé est pensé selon ma vie pratique du jour, et il continue d'infuser dans ma tête durant la journée entière...

 

Est-ce de ce fait paradoxal avec ma réflexion de l'article précédent ? selon laquelle j'essaie pendant mon heure de thé de me couper du monde...

 

 

 

 


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