Jeudi 25 janvier 2007

 

Quoi de plus beau que la liqueur d'un thé rouge dans une pure porcelaine blanche ?

D'aucuns le préfèrent décoré de branches de cerisier en fleur, de tiges de bambou ou de fleurs de lotus, moi j'ai opté pour un zhong entièrement blanc. Contemplez la liqueur d'un Dian Hong Gong Fu, d'un Yi Hong Gong Fu, d'un Su Hong Mao Jian dans un tel objet. Quelle pureté il en jaillit ! J'aime imaginer la succession d'évènements qui a permis que cet instant soit possible : la plantation des théiers, leur entretien, la cueillette, le séchage des feuilles, leur oxydation, le tamisage etc...puis les multiples étapes de transport qui l'ont fait attérir dans une petite boîte de thé...et enfin la préparation, peser, infuser...Toutes ces étapes diverses et parfois compliquées, pour aboutir à ces quelques centilitres de liqueur blottie au creux de cette tasse blanche. De la multitude et de la diversité produire une telle simplicité et une telle pureté, quelle alchimie !

Et l'on est là, assis, tenant au creux de sa main cette tasse chaude, alors que dehors tombe la neige, nos sens et nos rêves plongent dans cette liqueur dorée, brillante et profonde, notre corps et notre esprit s'établissent fermement, ici et maintenant...

 

 

blanche comme la neige

diaphane porcelaine

en toi le thé se fond

par Lionel publié dans : Haïku
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Mercredi 17 janvier 2007

 

 

Vous la connaissez déjà un peu, mais cette fois-ci je vous la présente en détail. Le jour où j'ai su que les pu er allaient m'accompagner tout au long de ma vie, j'ai décidé de faire une folie : m'offrir, et leur offrir, une théière de potier. Plutôt que de démarrer le culottage d'une théière "quelconque" avec ces thés, et de vouloir en changer après plusieurs années, j'ai fait le grand saut d'emblée. Voici donc l'élue de mon coeur. Je n'ai pas hésité une seule seconde, quand, dans la boutique, une petite dizaine de théières étaient alignées devant moi. C'était elle.

 

 

 

Je la trouve d'une originalité folle. J'adore les théières, leur esthétique, et je m'attarde souvent à les admirer quand j'en "croise" sur mon chemin de thé. Jamais je crois n'en avoir vue avec de telles lignes, une telle audace dans les formes. Elle a globalement une forme de cloche (!!). Elle comporte beaucoup de ruptures de lignes : son petit "socle", deux arêtes très nettes sur le corps, puis la finesse du couvercle. La simple insertion du petit "bouton" sur le couvercle est un pur chef d'oeuvre ! Vu de dessus le couvercle, on voit se dessiner plusieurs cercles concentriques...très joli (malheureusement je n'ai pu restituer ce détail en photo).

 Les deux points d'insertion de l'anse se situent sur ces arêtes très fines. Malgré cela, l'anse ne donne pas l'impression d'être soudée brutalement au corps de la théière. Bien au contraire, il y a une continuité entre ces deux éléments. Comme si l'anse était née naturellement, engendrée par la théière elle-même, et non ajoutée par un être extérieur, en l'occurence le potier. Le bec verseur possède aussi cette qualité. Le potier s'appelle "Yang Wen Ji". Cette théière a été façonnée l'année du lièvre (1999). C'est ce que montrent les idéogrammes suivants...

 Ce potier a vraiment des mains magiques, car d'autres de ses oeuvres sont magnifiques. Allez par exemple voir la photo du post d'accueil de "La galette de thé" (voir rubrique Liens). J'adore cette théière de mon ami Philippe !

Les parois de cette théière sont plutôt fines. Voilà pour l'esthétique, passons maintenant à ses qualités fonctionnelles. Premièrement, elle restitue les parfums des feuilles de façon incroyable. Je suis très sensible au parfum des feuilles sèches dans la théière chaude (particulièrement sur les pu er, mais aussi les rochers notamment...), puis des feuilles rincées, puis de l'infusion (feuilles humides) au cours du temps. Cette qualité, rarement soulignée chez une théière il me semble, revêt donc une grande importance à mes yeux. Mon autre théière par exemple, la Yixing ancienne, "perturbe" davantage les parfums, ayant elle-même un parfum très affirmé. Deuxièmement, cette théière permet une dégustation "analytique" d'un thé. Elle permet d'y déceler toutes les subtilités, chose moins facile avec une terre épuisée, laquelle donne du "gras" à la liqueur, l'influence plus je trouve que ne le fait cette taïwanaise. C'est pourquoi je l'utilise pour déguster mes pu er les plus délicats et les plus anciens.

Bref, cette théière, tant du point de vue esthétique que fonctionnel, me comble de joie...

par Lionel publié dans : Objets de thé
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Mercredi 17 janvier 2007

Mais que se passe t-il ? Je suis là, au bureau, concentré sur mon écran d'ordinateur, et voilà que me parviennent de délicieuses effluves d'un parfum que je connais...Mais oui, c'est un parfum de pu er ! Un pu er en vrac de 1992. Ca sent la terre humide, un parfum dense et sombre, additionné d'une pointe de camphre, une note mentholée très rafraîchissante. Mais comment est-ce possible ? Un collègue de bureau m'aurait caché sa passion pour le thé et ferait infuser en ce moment quelques feuilles de ce magnifique pu er ? Non, impossible...En cherchant d'où peut provenir ce parfum, je me dirige vers la plante qui me tient compagnie sur le bout de mon bureau. Mais bien-sûr ! Je l'ai arrosée il y a quelques minutes et c'est elle qui émet cette odeur si agréable. Savoureuse expérience que de sentir au dessus de cette plante l'exacte réplique du parfum terrien et camphré que d'habitude je sens au dessus de ma théière taïwanaise alors qu'y séjournent des feuilles de pu er 1992. Magnifique moment. Je crois que ce soir je vais déguster ce pu er, en relisant Proust...

par Lionel publié dans : Au quotidien...
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Lundi 15 janvier 2007

Fin 2006 a eu lieu un concours de haïku sur le thème du thé. J'y avais participé. Je ne figure pas parmi les 5 lauréats, dont vous pouvez lire les haïkus à l'adresse suivante : http://www.afhaiku.org/aphp/page1.php?page=afh-the2006.

C'est drôle, car j'ai vécu avec la gagnante le moment de thé qui, je pense, lui a inspiré son haïku. Il s'agissait du chanoyu pour Hatsugama 2006. Hatsugama est la première cérémonie japonaise de l'année, au cours de laquelle notre professeur de chanoyu avait sorti ses plus beaux objets, dont l'antique bouilloire dont parle Chantal Peresan-Roudil.

Voici ci-dessous les 2 haïkus que j'avais envoyés. Ce sont quasiment les premiers haïkus que j'avais écrits sur le thé. Peut-être que les textes que j'ai écrits depuis (et que vous avez eu la chance de lire !) auraient fini en meilleure place dans ce palmarès, mais tout cela importe peu...

 

la barque tangue

la mer et la vie s'agitent

ouf ! une île : le thé

 

abri protecteur

rouge le matin noir le soir

deux thés pour un toît

par Lionel publié dans : Haïku
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Jeudi 11 janvier 2007

Un petit clin d'oeil à Philippe de "La Galette de thé" et Basquiat, tous deux grands amateurs de galette, à boire ou à écouter...

 

Yixing et tasse qing

le bateau le pot et l'eau

symphonie du thé

 

(à lire à voix haute...)

par Lionel publié dans : Haïku
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Samedi 6 janvier 2007

5h30 ce matin. 4 g de la galette 1998 (n°31 - M3T). Théière Yixing ancienne. Parfum des feuilles sèches puis rincées : minéral, légèrement acide, complexe. Ma Yixing permet une analyse des parfums des feuilles moins fine que ma théière taïwanaise (cf une photo d'un post précédent). La Yixing seule dégage un parfum lorsqu'on la chauffe, ce qui est assez fascinant, parfum qui est la résultante des nombreuses infusions qu'a subie cette théière...

La 1ère liqueur est un peu fermée, elle manque d'expression. Mon palais à cette heure n'est-il pas prêt ? Un pu er bien plus fin que d'autres pu er de cet âge que j'ai goûtés par ailleurs. Retour sur les feuilles : eau de vie, vin cuit, Pineau ? Liqueur assez courte en bouche.

La 2è liqueur est plus foncée. Je trouve qu'elle manque un peu de relief, elle est plutôt plate. Elle n'a pas le mordant et le fond d'un Tuo Cha 1986 (aussi M3T), par ailleurs sublime (j'en reparlerai). Mais je me rends compte raisonnant ainsi que je suis dans le relatif, dans la dualité. Or le zen m'enseigne : "Ce qui est, est". Je dois savoir apprécier ce thé pour lui même, pour ce qu'il est indépendamment d'un autre pu er peut-être meilleur...Ce pu er est donc assez plein en bouche, mais à mon sens trop plat et court. Cependant, la liqueur donne d'assez jolies choses lorsqu'on "joue" avec en bouche, lorsqu'on l'oxygène.

La 3è liqueur est très jolie, j'y perçois des notes fruitées en fin de bouche, sur la dominante minérale, forestière et doucement camphrée. La 4è liqueur est parfaitement équilibrée, plus mordante, grâce à un temps d'infusion plus long (1 minute au lieu de 15-20 secondes). Ces jeunes pu er (mais pas trop jeune tout de même) sont ceux qui me transportent le mieux en forêt, plus que les pu er plus âgés aux notes plus gourmandes, parfois sucrées (chocolat, cacao...). Ces jeunes pu er sont pour moi plus sauvages, plus exigeants, moins purement  "délicieux", à l'image de la nature je trouve...

La 5è liqueur est plus claire, j'y trouve moins de matière. J'ai vraiment l'impression de "manger des feuilles mortes". Les 6, 7 et 8è liqueurs sont très belles : plus légères de corps, mais d'une douceur infinie, plus complexes et subtiles qu'au début. La 8è liqueur est peut-être la plus jolie de toutes, ce qui n'est pas commun dans une dégustation. Preuve que ce thé a une durée de vie très importante. Sur les 9 et 10è liqueurs je trouve une note de confiture d'abricot.

En résumé, une jolie dégustation, essentiellement minérale et forestière, avec une très belle évolution au fil des infusions et des liqueurs tardives à ne pas négliger...Ce gongfucha matinal m'a inspiré les quelques textes suivants...

 

dans la théière elles s'étirent

les feuilles de pu er

moi aussi

les anciennes feuilles de thé

et mes yeux fatigués

s'ouvrent à l'unisson

l'eau bouillante réveille

les belles endormies

petit matin

je quitte notre lit

pour trouver la liqueur

d'un amour à l'autre

 

je quitte mon amour

pour trouver mon amour

du lit à la liqueur

 

(lequel de ces deux derniers haïkus préférez-vous ?)

par Lionel publié dans : Dégustations
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Jeudi 4 janvier 2007

 

boire un peu d'histoire

ou croquer une fleur - ce soir

pu er ou wulong ?

par Lionel publié dans : Haïku
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Dimanche 31 décembre 2006

 JOYEUSES FETES et BONNE ANNEE 2007

 

Avez-vous remarqué qu'au delà des six familles de thé (blanc, jaune, vert, bleu-vert, rouge, noir), il existe deux grands types de thés ? La classification que je vous propose ici ne repose pas sur des critères liés au processus de fabrication, mais sur la nature de la liqueur, sa structure plus exactement. D'un côté, les thés que je qualifie de "monolithiques", simples, bruts, de l'autre, des thés complexes, polychromes, polymorphes. Dans la première catégorie, je range essentiellement les thés rouges et certains pu er. Dans la seconde, les wulongs et d'autres pu er.

En quoi consiste une dégustation de thé ? En la rencontre entre soi et le thé. En l'occupation par la liqueur d'un espace-temps. L'espace de la bouche et du nez, le temps du thé...Chacun de ces deux types de thés occupe l'espace et le temps à sa façon. Les premiers sont francs, immédiatement entiers, instantanément eux-mêmes. Ils se présentent à nous sans apparat. Ils sont là, simplement. La liqueur est souvent sombre, marron, brune. Dès l'entrée en bouche, le caractère est affirmé, il variera peu même si l'on "joue" avec la liqueur en bouche. Pas de notes de tête ou de notes de queue. Assez peu d'évolution au fil des infusions. Ils occupent l'espace-temps par leur simplicité et leur personnalité unique et forte. Un Yunnan (Dian Hong), un Keemun (Qi Hong), un Lapsang souchong...Fiers monolithes, solides blocs de pierre, inaltérables et inusables. Mon coeur ne se lasse pas de les rencontrer. Les seconds thés sont plus mystérieux, ils ne dévoilent leurs charmes qu'après quelques préliminaires...Petit à petit, on les découvre dans toute leur complexité, pas à pas on chemine dans la diversité de leurs arômes et de leurs parfums. En bouche c'est le feu d'atifice : "Ô le miel ! Ô le chevrefeuille !". Kaléidoscopes, symphonies de fragrances. Cui Yu, Si Ji Chun, Mi Lan Xiang, Da Hong Pao...Rares pépites, précieux diamants aux multiples reflets.

Je vais vers les premiers quand je me sens dispersé, dilué dans les contingences de la vie quotidienne. Ils m'apportent unité et simplicité. Je rencontre les seconds en toutes autres circonstances. Quand mon corps et mon esprit, déjà en harmonie, veulent s'offrir un voyage exotique et coloré, aux mille aventures et rebondissements.

par Lionel publié dans : Pensées de thé
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Mercredi 20 décembre 2006

En écho au magnifique haïku de Buson :

devant le chrysanthème blanc

les ciseaux un instant

hésitent

 

je vous propose :

frêle bourgeon de thé

la main de la cueilleuse un instant

hésite

par Lionel publié dans : Haïku
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Mardi 19 décembre 2006

"Je me plais dans mes pensées" fait dire Hugo à Marius dans Les misérables. Je me permets de reprendre cette phrase à mon compte et de la compléter pour dire : "Je me plais dans mes pensées de thé". J'aime vagabonder dans l'espace fermé de ma boîte cranienne, espace peuplé d'infinies richesses théistiques. Assis dans le train alors qu'à travers la vitre passent encore timides les rayons du soleil de mai, j'embarque pour Darjeeling et ses jardins aux noms prestigieux : Castelton, Jungpana, Margaret's Hope, Makaïbari...Le parfum végétal et doucement fruité de ses liqueurs est comme une vague qui envahit mon corps de fraîcheur. Fin d'après-midi d'automne. Sous la nuit tombante, les essuie-glaces s'activent courageusement pour venir fouetter les gouttes de pluie qui tentent en vain de venir s'accumuler sur mon pare-brise. Un Keemun. Oh oui, c'est un Keemun qui me réchauffera en rentrant. J'appliquerai fermement mes mains au contact de la tasse chaude. La liqueur sera là : rouge sombre, dense. Je me blottirai dans sa douceur animale et chocolatée. Envie d'essentiel. Besoin d'oublier les contingences de la vie quotidienne. Torse nu, fenêtre ouverte sur la nature paisible. Une natte en bambou. Une petite théière japonaise aux couleurs minérales, accompagnée de deux petites tasses aux nuances de nacre. Une liqueur verte, saumâtre, brute. L'essentiel m'emplit la bouche et gagne mon être tout entier. Je ne fais plus. Je suis. Je vis. La petite Yixing Hu noire posée sur son bateau à thé, un céladon Qing, dégage des volutes de fumée. Presque instantanément, la voilà renversée sur Cha Hai, le pot à thé, qui recueille le précieux liquide. Puis c'est au tour de Wen Xiang Bei, la tasse à sentir, de l'accueillir l'espace d'un instant, avant de passer le relais à Cha Bei. Mes lèvres s'y portent alors. "Mon Dieu, que ne donnerais-je pas pour revivre à l'infini de tels moments !". Je croque une fleur, j'écoute une symphonie de parfums qui se succèdent à l'envi. La liqueur gagne ma gorge mais laisse dans mon âme une empreinte indélébile. L'empreinte d'un Cui Yu - jade vert - ô combien précieux à mon coeur.

par Lionel publié dans : Pensées de thé
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