Samedi 6 janvier 2007
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5h30 ce matin. 4 g de la galette 1998 (n°31 - M3T). Théière Yixing ancienne. Parfum des feuilles sèches puis rincées : minéral, légèrement acide, complexe. Ma Yixing permet une analyse des parfums des feuilles moins fine que ma théière taïwanaise (cf une photo d'un post précédent). La Yixing seule dégage un parfum lorsqu'on la chauffe, ce qui est assez fascinant, parfum qui est la résultante des nombreuses infusions qu'a subie cette théière...
La 1ère liqueur est un peu fermée, elle manque d'expression. Mon palais à cette heure n'est-il pas prêt ? Un pu er bien plus fin que d'autres pu er de cet âge que j'ai goûtés par ailleurs. Retour sur les feuilles : eau de vie, vin cuit, Pineau ? Liqueur assez courte en bouche.
La 2è liqueur est plus foncée. Je trouve qu'elle manque un peu de relief, elle est plutôt plate. Elle n'a pas le mordant et le fond d'un Tuo Cha 1986 (aussi M3T), par ailleurs sublime (j'en reparlerai). Mais je me rends compte raisonnant ainsi que je suis dans le relatif, dans la dualité. Or le zen m'enseigne : "Ce qui est, est". Je dois savoir apprécier ce thé pour lui même, pour ce qu'il est indépendamment d'un autre pu er peut-être meilleur...Ce pu er est donc assez plein en bouche, mais à mon sens trop plat et court. Cependant, la liqueur donne d'assez jolies choses lorsqu'on "joue" avec en bouche, lorsqu'on l'oxygène.
La 3è liqueur est très jolie, j'y perçois des notes fruitées en fin de bouche, sur la dominante minérale, forestière et doucement camphrée. La 4è liqueur est parfaitement équilibrée, plus mordante, grâce à un temps d'infusion plus long (1 minute au lieu de 15-20 secondes). Ces jeunes pu er (mais pas trop jeune tout de même) sont ceux qui me transportent le mieux en forêt, plus que les pu er plus âgés aux notes plus gourmandes, parfois sucrées (chocolat, cacao...). Ces jeunes pu er sont pour moi plus sauvages, plus exigeants, moins purement "délicieux", à l'image de la nature je trouve...
La 5è liqueur est plus claire, j'y trouve moins de matière. J'ai vraiment l'impression de "manger des feuilles mortes". Les 6, 7 et 8è liqueurs sont très belles : plus légères de corps, mais d'une douceur infinie, plus complexes et subtiles qu'au début. La 8è liqueur est peut-être la plus jolie de toutes, ce qui n'est pas commun dans une dégustation. Preuve que ce thé a une durée de vie très importante. Sur les 9 et 10è liqueurs je trouve une note de confiture d'abricot.
En résumé, une jolie dégustation, essentiellement minérale et forestière, avec une très belle évolution au fil des infusions et des liqueurs tardives à ne pas négliger...Ce gongfucha matinal m'a inspiré les quelques textes suivants...
dans la théière elles s'étirent
les feuilles de pu er
moi aussi
les anciennes feuilles de thé
et mes yeux fatigués
s'ouvrent à l'unisson
l'eau bouillante réveille
les belles endormies
petit matin
je quitte notre lit
pour trouver la liqueur
d'un amour à l'autre
je quitte mon amour
pour trouver mon amour
du lit à la liqueur
(lequel de ces deux derniers haïkus préférez-vous ?)