Dimanche 30 novembre 2008

En ce moment je bois très peu de thé. Nous préparons notre déménagement...Dans les rares moments de répit, je lis Proust...

 

Il y avait bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité; Mais comment? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher? pas seulement: créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.
    Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique, mais l’évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. Et pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la resssaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire, avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.
    Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l'image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu'à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l'insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m'apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s'agit.
    Arrivera-t-il jusqu'à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l'instant ancien que l'attraction d'un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être; qui sait s'il remontera jamais de sa nuit? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute œuvre importante, m'a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d'aujourd'hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine.
    Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

 

Je pense dans les prochains jours, puis régulièrement, tant j'y trouve des accointances avec le thé, revenir ici sur des extraits de ma lecture de La Recherche...

 

Par Lionel - Publié dans : Pensées de thé
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Lundi 27 octobre 2008

Hier après-midi, dégustation du Dong Ding 'tradition' dans ma théière Fang yi gong xin hu. Comme à mon habitude pendant un gongfucha, j'aime manipuler la théière, la regarder sous tous ses angles...Je prends donc cette théière en main et la regarde en face, et subitement je lui trouve un air rigolo, son bec faisant un nez et la ligne de rupture au milieu du corps comme une bouche riant franchement. Je pense alors aux yeux de Mr Patate qui traînent quelque part dans la maison (Mr Patate est une personnage de Toy Story, dont - produits dérivés et marketing obligent - un jouet a été tiré. C'est une patate en plastique, creuse, avec bras, pieds, yeux, nez etc à insérer pour reconstituer le personnage, le plus drôle étant de mettre tout ça n'importe comment pour créer des Mr Patate les plus loufoques les uns que les autres...).

Et voilà le résultat ! Elle apparaît bien sympathique cette théière non ? Il faudrait faire la même manip avec d'autres théières pour en révéler je pense des personnalités bien étonnantes...

Par Lionel - Publié dans : Objets de thé
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Lundi 27 octobre 2008

















Par Lionel - Publié dans : Objets de thé
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Dimanche 19 octobre 2008

il y a 10 minutes, ombres projetées du plus beau duo de théières du monde...non ?
Par Lionel - Publié dans : Objets de thé
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Dimanche 19 octobre 2008


     tarte aux pommes aux 4 épices (canelle, gingembre, girofle, muscade)

     thé rouge de la côte Est de Taïwan (da yeh wulong)

     purs délices pour toute la famille sous le soleil d'automne
Par Lionel - Publié dans : Dégustations
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Lundi 13 octobre 2008
ma théière et moi
il nous nourrit tous les deux...
le thé
Par Lionel - Publié dans : Haïku
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Mercredi 8 octobre 2008
Une jolie trouvaille que j'avais faite il y a quelques temps sur le net, que j'ai relue ce matin au petit déjeûner, accompagné d'une nice cup of Qimen Hong, n'en déplaise à George Orwell...
Par Lionel - Publié dans : Au quotidien...
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Samedi 4 octobre 2008

Le dilemne du fond du paquet de thé, ou en l'occurence de l'échantillon...

10g de Da Hong Pao "supérieur" de la boutique en ligne Temae.  Qu'en faire pour une théière de 14 cl ? 7g ? 8g ? En restent alors 2 ou 3 g pas faciles à utiliser... Comme Thomas/Le jardin de thé récemment j'ai donc sauté le pas, allons-y pour 10g.

Un DHP cueilli en mai 2007, cueillette et tranformation manuelles. Province du Fujian, ville de Wu Yi, région de Hui Yuan Keng.

Le plus marquant au nez sur les feuilles chaudes : le vernis à bois (la cire pour meubles ? - connais pas bien ce parfum...). Parfum intense, qui demeure dans la théière chaude (faut dire avec 10g de feuilles...).

Infusions flash (le temps de faire les gestes) pour les 3 premières. Ce qui me marque en premier lieu sur la liqueur c'est sa texture, la sensation tactile plus que le goût en lui-même. La forme plus que le fond dirait-on en parlant d'un texte. Je lis souvent dans les blogs anglophones : "wood grain texture". Je ne sais comment traduire ça...Est-ce cela ? Il y a une légère accroche, une sensation ligneuse à l'arrière de la langue, du relief, caractéristique que je recherche vraiment chez un thé. La finale est géniale, la longueur très bien. Une première liqueur très élégante.

La seconde est plus soutenue en couleur. Finale fruitée. Encore cette douce astringence qui demeure, léger picotement , des paillettes ...? Je repense alors à une strophe d'un poème de Verlaine :

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle

 
Au niveau gustatif (le fond), ça reste dans un registre proche des rochers que je connais déjà (rou gui, shui xian...). J'oublie de dire que ce côté astringent, accrocheur me rappelle les tannins d'un vin rouge, vraiment. La liqueur se garde en bouche de très très longues minutes...

La dégustation se poursuit..beau maintien , les liqueurs restent équilibrées...

Bref, un grand rocher, sans nul doute. Un thé qui vous marque.

Par Lionel - Publié dans : Dégustations
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Samedi 4 octobre 2008

...22h30, un pu er en vrac 1996 a l'espace d'un moment remplacé le mot originel du titre de ce livre que j'adore...

Par Lionel - Publié dans : Au quotidien...
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Samedi 27 septembre 2008

 











Dans l'immense gamme des thés, du vert au noir, en passant par le blanc, jaune, bleu-vert et rouge, mon petit meuble à thé renferme en grande majorité les familles de pu er, rochers et thés rouges. L'arrivée de ce Dong Ding a donc fait sensation ! Je caricature mais si ce type de thés - wulongs peu oxydés, fleuris, fruités - ont été mes premiers amours de thés chinois, il y a quelques temps maintenant que j'en déguste vraiment très peu. A mon grand tort certainement mais on ne peut pas tout faire...
C'est donc avec grand plaisir que je découvre ce wulong de Taïwan. 3g en zhong. Dans le zhong chaud, les petites boules expriment un parfum DE-LI-CIEUX : petits fruits rouges, pain chaud et frais, et aussi, chose classique chez moi quand je respire ces thés, une tartine de pain + coulis ou sauce tomate chaude ! Je crois n'avoir jamais mangé ça mais c'est toujours ainsi que je caractérise ce parfum !?...
Le parfum des feuilles infusées est acidulé, plus végétal que les feuilles sèches. La liqueur est vraiment bien, pleine, équilibrée, ronde, on y trouve beaucoup de choses, des fruits jaunes genre pêche-mangue ?, des fleurs, du végétal, des notes pâtissières liées à la torréfaction des feuilles...C'est éminemment chaleureux et amical.
Les infusions se suivent et se ressemblent, belle endurance, bel équilibre sur la durée. Ca n'est jamais très très complexe etc etc mais je ne lui en demande pas tant...
Je le déguste pour la 2è fois en écrivant ce billet et je me rends compte que persiste dans la bouche de longues minutes après avoir avalé un charmant goût fruité, frais...

Bref, un thé parfait pour une dégustation en zhong, sans avoir à sortir tout l'attirail du gongfucha...en pleine après-midi, alors que les enfants tournoient autour de la table...on peut oublier les feuilles infusant, la liqueur sera rarement amère...Un thé vraiment délicieux. Un sans faute.

Par Lionel - Publié dans : Dégustations
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