Samedi 29 mars 2008





















Plusieurs questions que je me pose depuis quelques temps, à lire ici et là diverses choses au sujet des théières...

1- Avez-vous réellement observé, visuellement en terme de dépôt intérieur et de pâtine extérieure, et gustativement sur la liqueur, les bienfaits d'une théière en terre culottée ?
J'utilise la théière de droite ici depuis maintenant 3 ans sur les pu er. Certes avec une fréquence assez modeste, disons 1 fois par semaine peut-être en moyenne sur ces 3 ans, soit 3 x 52 = 156 gongfucha. Grosso modo, disons une grosse centaine de dégustations. Intérieurement, elle se couvre très lentement d'un dépôt noir-marron, mais on ne peut pas dire qu'elle soit culottée. Extérieurement, elle était déjà plutôt "brillante" à l'origine, je ne trouve pas qu'elle a évolué sur ce plan là. Je la rince à l'eau bouillante en fin de dégustation, pour qu'elle sèche vite. Quelques fois j'y ai laissé des feuilles une nuit voire plus longtemps...Donc pour répondre à la 1ère partie de ma question, je ne peux pas dire que visuellement, cette théière a beaucoup évolué entre mes mains depuis 3 ans. Gustativement, je l'adore. Mais je ne ressens pas non plus l'effet d'un culottage. Il faudrait pour cela pouvoir déguster le même thé, avec la même eau, préparé de la même façon, au temps t0 et au temps t0 + 3 ans. J'ai depuis déménagé 3 fois, eu 2 enfants (!), changé mes "pratiques" de dégustation, plusieurs fois d'eau...donc ces "interférences" étant, il m'est bien difficile de mesurer si cette théière s'est en quelques sorte bonifiée en 3 ans d'utilisation, toutes autres choses étant égales par ailleurs.

Je me demande donc combien d'années il me faudra pour vraiment voir cette théière se culotter...et je me dis que la théière que je verrai le plus évoluer est ma théière en terre marron foncée de 30 cl dans laquelle je prépare tous types de thé, du rouge chinois au darjeeling, de l'assam au qi lan. A raison de 2 à 3 infusions par jour (petit dej puis dans la journée), je pense que c'est la théière qui se culottera le plus vite.

2- Etes-vous strict dans le respect de la règle "une théière en terre, un thé" (ou une famille homogène de thés) ?
Dans cette même théière, je prépare tous types de pu er, jeunes, vieux, crus, cuits. Même si entre-temps m'a rejoint la Yixing ancienne ici à sa droite qui accueille elle surtout les jeunes pu er. Donc dans la taïwanaise de droite des carrés des années 80, des cuits années 2000, des galettes crues 1999 etc. J'ai lu souvent que pour les pu er il était conseillé d'avoir 4 théières : jeunes cuits, jeunes crus, vieux cuits, vieux crus. Si c'est là une règle qu'il est conseillé de suivre (j'en doute...), j'en suis loin. Et là encore je n'ai jamais ressenti d'impact négatif suite à ma façon de faire. Dégustant une brique 1983 après une galette crue 1999, je n'ai jamais retrouvé ses notes de fumée et végétales. Ceci parce que je la rince bien à chaque fois ? Plusieurs disent qu'une théière doit suffire pour TOUS types de thés, à condition de bien la rincer à  chaque fois en fin de GFC. Je suis assez partisan de cette idée.

La Yixing ici à gauche est sacrément culottée. Impressionnant dépôt noir marron à l'intérieur. Elle aurait été fabriquée entre les années 1966 et 1976. Combien de propriétaires a t-elle eu depuis lors ? Quelles familles de thés y ont-ils été préparés ? Quand j'y mets de l'eau, sans thé, l'eau a un goût net de "vieux", sombre...Je la destine à une famille de thé, mais je me dis que s'il fallait vraiment réserver un type de thé à une théière, cette théière n'a fort probablement pas respecté cette règle au fil de ses pérégrinations, et pourtant aujourd'hui je n'y trouve pas de défaut majeur...

Autre réflexion :

Je me rends compte qu'assez souvent au moment de me lancer dans une dégustation, mon choix est orienté par la théière avec laquelle j'ai envie de passer un moment, plus que par le thé que j'ai envie de boire. Et la destination que j'ai donnée à ces 2 théières (taïwanaise de droite vieux pu er, cuits / yixing jeunes pu er, minéraux, floraux), je l'ai choisie en fonction du feeling que j'ai avec chacune d'entre elles, et non (ou moins) sur des critères de qualité de rendu gustatif. La taïwanaise est fine, délicate, fourmille de détails très finement réalisés, j'aime l'utiliser le soir, tard, avec des pu er raffinés pu er, calmes. La yixing a une forme plus simple, granuleuse, brute, imparfaite, asymétrique. Je l'aime pour des dégustations diurnes, de jeunes pu er encore fougueux, pour en extraire comme j'aime à le dire le "jus de nature". La taïwanaise est intellectuelle, la yixing corporelle.

Voilà pour un 1er jet, je pense que je serai amené à revenir sur ce vaste sujet...
par Lionel publié dans : Pensées de thé
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