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Maudite relativité

20 Septembre 2008, 20:57pm

Publié par Lionel

L'autre jour je promenais mon fils Ethan en poussette sur un chemin de campagne près de la maison. Un chemin qui dessert des parcelles agricoles, donc emprunté par des tracteurs dont les roues tracent deux voies, alors qu'au milieu du chemin l'herbe a droit à un sursis. J'avais donc choisi au hasard la voie de droite. Puis au bout de quelques minutes, je commence à protester intérieurement contre la qualité du chemin : cailloux, petits trous, flaques d'eau...Je lorgne donc sur la voie de gauche qui semble de bien meilleure qualité. Je traverse la bande enherbée et rejoint le côté gauche. Je repars, satisfait de ma décision, difficile, courageuse, comme en prennent même rarement les PDG de multinationales...Mais au bout de quelques centaines de mètres, même réflexion, mêmes récriminations contre ce piètre chemin. Je regarde à ma droite et trouve cette fois-ci attirante la voie que je viens de quitter. Bizarre...Je rechange de voie et après quelques instants, rebelote...J'ai à ce moment là fait un rapprochement entre cette expérience sur ce chemin de campagne des vallons de Vilaine et mon chemin de thé.
Dans le thé comme dans tout autre domaine, la relativité existe. A savoir que ce que nous sommes, ce que nous avons, ce que nous faisons, est notre absolu, mais n'est qu'un barreau sur l'échelle infinie de la relativité. La théière que j'utilise est-elle bien adaptée au thé que j'y infuse ? Et l'eau, cruciale pour un bon thé, que vaut-elle ? Et mes paramètres de préparation ?
Un moment de dégustation de thé peut se vivre caricaturalement de deux façons, avec deux états d'esprit : 1/ on est sous sa cloche, avec sa théière, son thé, son eau, son grammage et ses temps d'infusion. On apprécie la liqueur produite. On vit l'instant tel qu'il est, dans sa perfection et dans ses imperfections, sans dualité dit le zen. 2/ on relativise, "le rendu des parfums avec cette théière aux parois fines et dures est très bien, mais ne serait-il pas encore meilleur avec cette plus petite théière en terre moins dure que j'ai vue sur le blog de x avant-hier ?", "et si j'avais mis plus de feuilles et infusé moins longtemps n'aurais-je pas obtenu une liqueur plus huileuse ?" etc.
A avoir ce 2è type de raisonnement, on peut passer sa vie à changer de chemin pour menager les vertèbres de bébé dans la poussette, pensant que l'autre voie est plus confortable que la présente, ou passer son chemin de thé à tester toutes les combinaisons théière x thé x eau x grammage x temps infusion possibles et imaginables...Mais en même temps ne jamais se remettre en cause peut nous laisser longtemps dans l'erreur, nous mettre des oeillères, nous cacher une vérité si criante près de nous. Comme ce moment où j'ai abandonné ma théière-bouilloire en fonte japonaise et mes thés broken du petit dej à 3 euros, pour adopter une jolie théière en terre cuite marron et de jolis thés rouges ou wulongs aux belles feuilles pour un prix à peine plus élevé. Pour rien au monde je ne ferais machine arrière.
La vérité doit se situer entre ces 2 attitudes, la voie du milieu du Bouddha encore une fois éprouvée par cette expérience. Savoir mesurer la valeur des choses que l'on a et des instants que l'on vit, savoir créer du bonheur avec ce dont on dispose, telle modeste théière infusant tel petit thé sans prétention mais sans grand défaut...Tout en gardant un oeil et une oreille attentifs à ce qui se passe autour de nous, sans foncer aveuglément dans l'achat d'une miraculeuse théière, mais en suivant tel conseil simple et pragmatique sur le choix d'un thé ou un mode de préparation...

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lionel 03/10/2008 14:07

Merci ginkgo, tu as parfaitement reformulé ce que j'ai voulu dire ici...

ginkgo 29/09/2008 21:19

très belles pensées -ballade ....difficile d'être toujours disponible et prêt à apprécier juste ce que l'on a sans trop se préoccuper de ce qui pourrait être mieux mais aussi rester attentif à ce que découvrent et vivent les autres . Trop rigide ou trop flexible on navigue à vue sur cette route du thé