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Pensées de thé

19 Décembre 2006, 12:57pm

Publié par Lionel

"Je me plais dans mes pensées" fait dire Hugo à Marius dans Les misérables. Je me permets de reprendre cette phrase à mon compte et de la compléter pour dire : "Je me plais dans mes pensées de thé". J'aime vagabonder dans l'espace fermé de ma boîte cranienne, espace peuplé d'infinies richesses théistiques. Assis dans le train alors qu'à travers la vitre passent encore timides les rayons du soleil de mai, j'embarque pour Darjeeling et ses jardins aux noms prestigieux : Castelton, Jungpana, Margaret's Hope, Makaïbari...Le parfum végétal et doucement fruité de ses liqueurs est comme une vague qui envahit mon corps de fraîcheur. Fin d'après-midi d'automne. Sous la nuit tombante, les essuie-glaces s'activent courageusement pour venir fouetter les gouttes de pluie qui tentent en vain de venir s'accumuler sur mon pare-brise. Un Keemun. Oh oui, c'est un Keemun qui me réchauffera en rentrant. J'appliquerai fermement mes mains au contact de la tasse chaude. La liqueur sera là : rouge sombre, dense. Je me blottirai dans sa douceur animale et chocolatée. Envie d'essentiel. Besoin d'oublier les contingences de la vie quotidienne. Torse nu, fenêtre ouverte sur la nature paisible. Une natte en bambou. Une petite théière japonaise aux couleurs minérales, accompagnée de deux petites tasses aux nuances de nacre. Une liqueur verte, saumâtre, brute. L'essentiel m'emplit la bouche et gagne mon être tout entier. Je ne fais plus. Je suis. Je vis. La petite Yixing Hu noire posée sur son bateau à thé, un céladon Qing, dégage des volutes de fumée. Presque instantanément, la voilà renversée sur Cha Hai, le pot à thé, qui recueille le précieux liquide. Puis c'est au tour de Wen Xiang Bei, la tasse à sentir, de l'accueillir l'espace d'un instant, avant de passer le relais à Cha Bei. Mes lèvres s'y portent alors. "Mon Dieu, que ne donnerais-je pas pour revivre à l'infini de tels moments !". Je croque une fleur, j'écoute une symphonie de parfums qui se succèdent à l'envi. La liqueur gagne ma gorge mais laisse dans mon âme une empreinte indélébile. L'empreinte d'un Cui Yu - jade vert - ô combien précieux à mon coeur.

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