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Inspiration matinale

6 Janvier 2007, 16:27pm

Publié par Lionel

5h30 ce matin. 4 g de la galette 1998 (n°31 - M3T). Théière Yixing ancienne. Parfum des feuilles sèches puis rincées : minéral, légèrement acide, complexe. Ma Yixing permet une analyse des parfums des feuilles moins fine que ma théière taïwanaise (cf une photo d'un post précédent). La Yixing seule dégage un parfum lorsqu'on la chauffe, ce qui est assez fascinant, parfum qui est la résultante des nombreuses infusions qu'a subie cette théière...

La 1ère liqueur est un peu fermée, elle manque d'expression. Mon palais à cette heure n'est-il pas prêt ? Un pu er bien plus fin que d'autres pu er de cet âge que j'ai goûtés par ailleurs. Retour sur les feuilles : eau de vie, vin cuit, Pineau ? Liqueur assez courte en bouche.

La 2è liqueur est plus foncée. Je trouve qu'elle manque un peu de relief, elle est plutôt plate. Elle n'a pas le mordant et le fond d'un Tuo Cha 1986 (aussi M3T), par ailleurs sublime (j'en reparlerai). Mais je me rends compte raisonnant ainsi que je suis dans le relatif, dans la dualité. Or le zen m'enseigne : "Ce qui est, est". Je dois savoir apprécier ce thé pour lui même, pour ce qu'il est indépendamment d'un autre pu er peut-être meilleur...Ce pu er est donc assez plein en bouche, mais à mon sens trop plat et court. Cependant, la liqueur donne d'assez jolies choses lorsqu'on "joue" avec en bouche, lorsqu'on l'oxygène.

La 3è liqueur est très jolie, j'y perçois des notes fruitées en fin de bouche, sur la dominante minérale, forestière et doucement camphrée. La 4è liqueur est parfaitement équilibrée, plus mordante, grâce à un temps d'infusion plus long (1 minute au lieu de 15-20 secondes). Ces jeunes pu er (mais pas trop jeune tout de même) sont ceux qui me transportent le mieux en forêt, plus que les pu er plus âgés aux notes plus gourmandes, parfois sucrées (chocolat, cacao...). Ces jeunes pu er sont pour moi plus sauvages, plus exigeants, moins purement  "délicieux", à l'image de la nature je trouve...

La 5è liqueur est plus claire, j'y trouve moins de matière. J'ai vraiment l'impression de "manger des feuilles mortes". Les 6, 7 et 8è liqueurs sont très belles : plus légères de corps, mais d'une douceur infinie, plus complexes et subtiles qu'au début. La 8è liqueur est peut-être la plus jolie de toutes, ce qui n'est pas commun dans une dégustation. Preuve que ce thé a une durée de vie très importante. Sur les 9 et 10è liqueurs je trouve une note de confiture d'abricot.

En résumé, une jolie dégustation, essentiellement minérale et forestière, avec une très belle évolution au fil des infusions et des liqueurs tardives à ne pas négliger...Ce gongfucha matinal m'a inspiré les quelques textes suivants...

 

dans la théière elles s'étirent

les feuilles de pu er

moi aussi

les anciennes feuilles de thé

et mes yeux fatigués

s'ouvrent à l'unisson

l'eau bouillante réveille

les belles endormies

petit matin

je quitte notre lit

pour trouver la liqueur

d'un amour à l'autre

 

je quitte mon amour

pour trouver mon amour

du lit à la liqueur

 

(lequel de ces deux derniers haïkus préférez-vous ?)

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Philippe 16/01/2007 16:22

Oh, j'ai dû dormir 3 heures avant, au-mieux !!
Mais j'ai constaté que je ne sentais pas davantage le café (expresso) quelques heures après. Donc en fait, on va dire que la fatigue a parralisé tous mes sens... Expérience à renouveller une autre fois, dans de meilleures conditions.

Lionel 14/01/2007 14:51

Avais-tu dormi avant 5h ? Effectivement il faut tout de même se sentir disposé à déguster un thé, surtout de cette qualité et de cette finesse...Quand tu as dormi avant un minimum, et que tu sens tes sens en éveil (même imparfait), je t'assure que ce sont des moments rares et précieux...

Philippe 14/01/2007 06:04

Grosse déception : suite à une insomnie, je me suis décidé cette nuit vers 5h00 de me préparer une galette n° 13 de 1984. Mon palais étant tellement endormi (ou plutôt comme anesthésié) et la fatigue bien présente, je n'ai pas réussi à "rentrer" dans ce Pu Er. Je suis à mon 5e passage, les yeux tombent de fatigue et je n'apprécie toujours pas cette galette à laquelle j'avais pourtant mis 6 étoiles sur ma liste... Il me semble très peu présent avec absolument aucun relief. Depuis le temps que je voulais tenter un Gong Fu Cha nocturne, je suis carrément déçu :-((

Philippe 08/01/2007 16:21

Il va quand-même falloir que j'essaye un jour le Gong Fu Cha à 5h00 du mat !! Après Jeancarmet, voilà que tu t'y mets également.

Je confirme que cette galette 1998 (31) est vraiment très belle. Même si depuis quelques jours, j'ai tendance à préférer la galette 1999 (30)... (toujours dans le registre jeune Pu Er).

Adamantine 08/01/2007 13:47

Je préfère l'avant dernier. Quitter son lit pour la liqueur, c'est une belle perspective, une belle continuité.  On penserait même à l'eau d'une rivière qui quitte son lit pour aller vers une dégustation.
Cet haïku est très fluide.... Très beau.