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mon histoire de thé (11

18 Octobre 2012, 12:17pm

Publié par Lionel

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Je ne pouvais pas terminer ce feuilleton sans consacrer un article au moins à la théière.

 

Je n'aurais certainement jamais été aussi passionné de Thé (avec un grand T pour ne pas isoler la boisson mais englober le monde du Thé) si je n'avais pas été aussi amoureux des théières.

 

J'en ai acheté 26 dans ma vie ! Incroyable. Jamais je n'aurais pensé cela possible à mes débuts en 2002. J'en ai vendu 10, cassé 1. J'en ai 15 actuellement. C'est beaucoup. Ceci englobe toutes mes théières, dont celle en fonte, porcelaine, grandes et petites. J'en utilise réellement et régulièrement 5 :

- mes 2 kyusu Yamada So pour mon sencha à la maison

- mon hohin Andrzej Bero pour mon sencha hors de la maison

- une petite xishi chinoise pour mes pu er

- une grande théière en terre marron chinoise pour mes thés rouges.

Ce n'est donc pas tant que ça.

2 petites "yixing" sont mises de côté pour mes enfants. De temps en temps on fait du thé ensemble...

 

Voici pêle-mêle MES IMPRESSIONS sur ce sujet, après 10 ans de thé et donc un certain nombre de théières à être passées entre mes mains. Ce ne sont pas des VERITES, des GENERALITES, à prendre au pied de la lettre, pour argent comptant. Tout ceci est très SUBJECTIF. A chacun de se faire SA PROPRE VERITE.

 

+ J'envisage difficilement de faire du thé dans un ustensile autre qu'une petite théière en terre cuite

Je n'ai pour ainsi dire jamais utilisé le zhong...

J'ai eu une petite théière en porcelaine, je l'ai vendue.

J'aime plus que tout déposer les feuilles de thé dans une théière en terre. Reconstituer en quelque sorte la plantation de thé en miniature, les arbres à thé et le sol en étroite symbiose.

J'ai besoin d'un contact charnel avec la terre, la toucher sans cesse, la caresser. J'aime les terres "ouvertes" : mat et non brillant, d'aspect brut, formes simples et caressantes, non anguleuses. La porcelaine est selon moi par définition "fermée" : dure, sans chaleur.

Autre point important : la terre évolue au fil du temps. Elle se culotte intérieurement. Se patine à l'extérieur. La porcelaine après 5 ans d'utilisation est comme neuve. La patine est selon moi une des plus belles choses qui soit au monde.

Alors oui se passer du zhong est une faute grave pour tout amateur de thé qui se respecte, et qui surtout respecte ses feuilles de thé. Je sais qu'en utilisant uniquement de la terre pour infuser mes thés je trouble le message qu'on à m'envoyer les feuilles, je mets un intermédiaire entre elles et moi, je ne joue pas franc-jeu. D'un autre côté, une bonne terre va aussi apporter un bénéfice pour l'infusion. Cela peut aussi être le contraire...Quoi qu'il en soit, je ne peux faire autrement, je suis ainsi fait et je ne pense pas changer...

 

+ La règle 1 théière en terre / 1 type de thé : j'y crois quasiment pas, et surtout je ne le respecte nullement

C'est un enseignement de base pour tout débutant pourtant, il faut autant de petites théières en terre que de familles de thé : pu er shengs, pu er shu, rochers, dan congs, wulongs fleuris, wulongs miellés, thés verts etc etc...sans compter les sous-familles.

Ma théière "Wendan", 35 cl en terre marron, a reçu depuis 2007 tous les thés possibles et imaginables : du bon gros pu er shu noir pétrole, du thé vert, blanc, darjeeling, assam, keemun, yunnan, wulongs, hojicha et même du Lapsang Souchong ! Ceci de manière répétée et régulière. Elle est sacrément culottée ! Mais quand j'y fais des darjeelings first flush comme ces temps-ci, je bois bien une infusion de darjeeling first flush, si peu perturbée des reliquats des thés précédents...

 

Ceci incite aussi à s'interroger sur les tant vantés bienfaits d'une théière culottée sur le thé. Chacun a en tête l'histoire de cette yixing antique ultra culottée dans laquelle il suffit de verser de l'eau bouillante pour obtenir la meilleure liqueur possible. Je ne suis pas vraiment capable de dire que j'ai perçu cet effet...Il faudrait utiliser toujours la même théière avec plus on moins le même thé, et voir si progressivement le culottage apparaissant les liqueurs s'améliorent...

 

+ La qualité d'une théière n'est pas proportionnelle à son prix

J'ai acheté des théières allant de 20 € à 420 € ! Je n'irai pas jusqu'à dire qu'elles se valent évidemment. Mais cela incite à relativiser les choses. Aujourd'hui, selon moi, un prix raisonnable pour une théière de qualité est disons de 60-80€. Ma Xishi à 40 € fait depuis 1 an maintenant, quasi quotidiennement, du très bon pu er !

Ceci étant, il y a des théières que l'on ne peut obtenir qu'en y mettant un certain prix. Mon kyusu Yakishime (cuit au bois) signé Yamada So, vaut 250 euros. C'est une grosse somme, mais ça les vaut amplement.

J'ai de plus en plus de mal à utiliser mes théières prestigieuses, taïwanaises de potier aux parois fines, aux formes parfaites, brillantes. Ce ne sont pas des théières "qui me ressemblent". Je ne suis plus le même que quand je les ai achetées, et je sens ce décalage aujourd'hui...

 

+ Avoir peu de théières

Fatalement, le temps n'étant pas extensible à souhait, pour un temps défini consacré au thé, pour un nombre de dégustations défini par semaine par exemple, plus on a de théières, moins l'on utilisera chacune. C'est mathématique. Or rien n'est plus beau qu'une théière qui se patine petit à petit, dont on voit vraiment qu'elle vit, qu'elle est régulièrement utilisée, avec des traces de coulures sous le bec, des taches ici et là.

Je vise à utiliser 2 kyusu pour mon thé japonais, et 2 petites théières pour mes pu er.

 

+ Avoir toujours (souvent) une théière sur soi !

Quand j'ai acheté ma petite xishi marron, je l'ai reçue dans une belle boîte en bambou cubique, bien aménagée pour recevoir la théière dans un joli tissu. Je l'emporte sous le bras quand je pars pour une journée au bureau, la ramène le soir selon mon emploi du temps. C'est la même théière qui me suit "partout" depuis 1 an. C'est ma compagne de parfois longues journées de bureau...

J'aime cette idée de théière nomade. Il faut alors qu'elle soit simple, robuste.

 

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Lionel 06/11/2012 09:45


Quelle bonne surprise ! Je suis très heureux moi aussi de te lire...Eh oui, la vie file à toute vitesse, tant de choses changent et se passent, en nous et à l'extérieur de nous...J'espère que
tout va bien pour toi...Comment se porte la maison de thé Cha Yi ?

Sacha 06/11/2012 05:01


Salut Lionel, Comme ça fait longtemps que je n'ai pas plongé quelques minutes dans un blog de passionné de thé, chose que je faisais pendant des heures dans le temps du Zhong Nomade...
L'Existence a bien changée depuis ce temps, tant de tasses de thés ont été bues depuis! Je suis si heureux de te lire. Merci de partager ton histoire, ton évolution en tant que sincère amateur de
thé!

jean-frédéric 21/10/2012 08:54


J'abonde dans le sens de Romuald quand il cite ce que tu dis sur le zhong. Mais il me semble que le zhong est une hérésie. Il est tout sauf neutre. Le contenant neutre est celui qui représente le
lien le plus ténu entre une terre et un thé, qui saura  donner à la feuille son éloquence la plus belle, la respecter dans son intimité et sa force, laisser parler sa part d'ombre,
s'épanouir son spectre. Le zhong à tendance à censurer beaucoup de choses, et quand le thé a trouvé sa théière il n'y a pas d'amour plus vaste.


Oui aux terres poreuses qui peuvent gommer au début quelques notes florales (pour un temps seulement) mais qui proposent au thé de révéler son identité profonde, trouble et pleine d'intensité. En
ce moment précis: jeune sheng dans une qing shui ni cuite à basse température... très gyokuro.

David 19/10/2012 10:34


Il semble qu'il y ait beaucoup de légendes urbaines concernant les théières... Le prix ne fait pas tout, même leur beauté, malheureusement... C'est aussi une question de feeling. Comme toi, j'en
ai quelques unes qui dorment sur l'étagère et qui mériteraient un meilleur sort... Et puis ça ferait de la place pour un futur Kyusu yohen... ;-)

Romuald 18/10/2012 20:32


On ressent un véritable amour pour les théières dans cet article.


Je t’ai lu avec beaucoup d’intérêt car, je dois le confesser, je n’utilise jamais de théières.


Ce sont des objets magnifiques, j’ai souvent failli craquer mais je n’arrives pas à passer le cap. Je suis un véritable adepte du Zhong.


«se passer du zhong est une faute grave pour tout amateur de thé qui se respecte»


Je n’en suis pas certain. La passion que tu entretiens avec tes théières et l’expérience que tu en as acquis te permet certainement de faire de magnifiques infusions. Ta pratique est aussi
cohérente avec le type de thés que tu apprécies.


Pour ma part, ma réticence à utiliser des théières vient essentiellement du fait que le zhong est neutre et qu’il m’offre une maîtrise très précise de l’infusion.


J’ai aussi un problème (loufoquerie personnelle) avec les objets «fermés». Je n’ai aucun meuble qui ferme par exemple (je tolère de petits tiroirs), je préfère une chaise à un fauteuil qui me
semble contenir trop de choses (rembourrage), je ne peux clouer un tableau au mur, mes tableaux sont posés au sol appuyés au mur pour que l’air et la lumière puissent passer derrière. Dans le
même esprit, je me sens plus à mon aise avec un zhong qu’avec une théière.


Quand à la magie de la terre qui transforme le thé grâce à un contact de quelques secondes... Oui bon... étrangement celle à 300€ est plus magique que celle à 50€. (Tu en parles très bien.)


Si j’évolue vers les théières ce sera pour d’autres raisons et le plaisir de la manipulation, de la beauté des formes, de l’amour du travail artisanal, la découverte d’autres techniques
d’infusion tel que tu les évoques dans ton blog fourniront les meilleures des raisons.