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mon histoire de thé (8

17 Août 2012, 10:02am

Publié par Lionel

Ultra-spécialisation disais-je...Une rencontre à Nantes en juillet 2011 va quelque peu bousculer ce monde intégralement teinté de vert...Voilà que le pu er rédébarque dans ma vie ! J'en ai 5 kilos qui dorment dans mon meuble sans que j'y touche depuis bientôt 2 ans, sauf très rarement. Je regoûte donc à du très jeune pu er, de l'année 2011. En l'occurence du Nannuo Essence Of Tea. C'est bon mais je ne suis pas scotché à ma chaise. Mais la petite graine est semée...Quelques jours après, je renouvelle l'expérience et petit à petit je me prends à apprécier ces jeunes feuilles de pu er sheng...type de pu er que j'avais du mal à déguster lors de mes premières années "pu er".

 

En fait je me rends compte que mon goût a évolué. J'ai toujours aimé les liqueurs fortes, charpentées, avec une grosse présence en bouche, du relief, du mordant, de l'astringence. A mes débuts, pour obtenir cela, j'aimais les thés rouges (Assam pour ses tannins, Qimen ou Yunnan qui peuvent donner des tasses bien noires), aussi les pu er shu pour les liqueurs épaisses qui tapissent immédiatement le palais. Mon passage par les rochers était aussi guidé par la recherche de ces sensations. Je n'ai jamais accroché aux wulongs peu oxydés, aux verts chinois, pour ces raisons je pense. Or depuis 2010, mon goût se porte vers les thés verts japonais, et donc là vers les jeunes pu er shengs. Donc des thés peu oxydés, des feuilles presque telles que cueillies. Des thés peu travaillés. Ces thés peuvent à la fois exprimer de la douceur, de la légèreté, de l'évanescence, ou a contrario de la force, de l'amertume, de l'astringence, selon la nature des feuilles et aussi la façon dont on les prépare. Ce qui me redonne l'amour des jeunes pu er c'est cela, cette capacité qu'on ces thés à offrir des liqueurs fortes, qui accrochent le palais, qui durent des minutes et des minutes en bouche, tout en reflétant la nature, sa verdeur, sa fraîcheur.

 

Ces jeunes pu er font notamment mon bonheur lors de mes journées de bureau. Une bonne dose de jeune sheng Nannuo, Banpen ou Mansai 2010 ou 2011 le matin dans ma nouvelle petite théière chinoise xishi, et c'est parti pour une belle journée de thé ! Mon régime "thé" est alors composé d'un sencha le matin (indispensable), puis lorsque les conditions le permettent un jeune pu er en journée. Plus le we quand je ne me lève pas aussi tôt pour le sencha un thé rouge en grande théière. Soit grosso modo 70% sencha, 20% pu er et 10% thé rouge. Bizarrement, mes plus vieux pu er achetés dans les années 2004-2007 restent enfermés dans mon meuble. Ils m'attirent moins. Quand j'en sors un, une belle galette 1999/30 ou un tuo cha 1986, c'est le pied ceci dit ! Incroyables parfums des feuilles en théière chaude, tannins, écorce, cire, etc. des notes absentes des très jeunes pu er qu'il est toujours agréables de retrouver. Mais il s'écoule à nouveau 1 mois avant que je retourne dans la caverne d'ali baba des pu er anciens...Mon approche du pu er change alors, le pu er devient un thé comme un autre, un thé de l'année, que j'achète jeune, frais, et que je bois immédiatement. Sachant que j'ai la chance immense d'avoir en parallèle un matelas de très beaux pu er shengs de 10, 20 voire 30 ans (même plus :-)).

 

Je continue donc mon chemin de thé sur 2 jambes,  sencha et pu er. Sachant que mon pied d'appel, mon pied fort reste le sencha (chez moi c'est le gauche !). Je ne me suis jamais senti aussi équilibré qu'avec ces 2 familles de thé à mes côtés. Comme je l'ai déjà écrit sur ce blog, le sencha est mon thé de l'intime, des petits matins calmes et silencieux, solitaires, mon thé de méditation, de l'amour des feuilles et des objets japonais, incroyables kyusu et céramiques. Le pu er est mon thé relax, mon thé d'ouverture, robuste, qui fonctionne en toutes conditions, qui s'étale sur de longues durées. En somme, j'ai l'impression que cette dichotomie reflète assez bien les approches respectivement japonaise et chinoise du thé...(mais je ne m'y connais pas suffisamment pour en être sûr...).

 

Voilà où j'en suis aujourd'hui...je crois que mon récit chronologique touche à sa fin. 2002-2012, 10 ans de thé résumés en 8 épisodes. C'est bien trop succinct, évidemment. Mais je vais continuer avec des notes thématiques (j'en ai un post-it gribouillé recto-verso !).

 

Aujourd'hui, 17 août 2012, je découvre avec un plaisir de gamin les senchas 2012, notamment un Asatsuyu et un Okumidori qui me comblent de joie chaque matin. Les journées ensoleillées de fin de congés sont idéales pour de beaux jeunes shengs. Mes échanges avec d'autres passionnés de thé sont plus riches, sincères et enthousiasmants que jamais. La cuisson de poteries au feu de bois, art dans lequel de jeunes potiers français excellent, commence à sérieusement me passionner. Bref, que du bonheur !

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Charlotte Billabongk 27/08/2012 08:39


Bonjour,


Cette série d'articles est particulièrement interressante. Elle montre bien que le thé est un cheminement personnel, avec ses périodes, ses rencontres, ses coups de coeurs, ses déboires, etc,
etc... Ce chemin permet une évolution constante et sans fin. Malgré le caractère unique du parcours de chacun, on peut aussi constater à quel point les passionnés du thé partagent des expériences
communes. Comme disent les chinois, "les gens du thé sont une seule et même famille". 


Je trouve cela franchement enrichissant de découvrir le vécu des autres. Merci

Madiel 25/08/2012 01:17


Bonjour,


En parcourant vos derniers commentaires, je réalise que beaucoup d’amateurs de thé ne sont pas de grands amoureux des Wulongs. Aussi je souhaiterais défendre cette variété que j’aime
particulièrement et qui au delà d’un aspect “facile” peut aussi révéler de grandes subtilités.


Résumer les Dan Cong au sucré ou au fruité est un peu réducteur. Les grands Dan Cong ont des notes boisées, camphrées, des parfums de citrouille cuite, de légumes, de fleurs. 


Certains Gao shan offrent une texture huileuse, grasse, des notes de beurre, de clous de girofle, des touches vertes...


 


Ces catégories doivent s’aborder avec les notions de baroque, de sophistication, de spectaculaire propre à certaines formes d’art chinois.


Par ailleurs mon expérience de pu er (que j’aime beaucoup) me laisse parfois un peu perplexe. L’intensité des sensations me dépasse un peu, mon palais est envahi et je dois attendre la 5e
infusion pour commencer à y voir clair.


Pour les thés japonais, j’avoue que c’est souvent sublime. Mais j’y retrouve rarement la fantaisie, voir l’humour des Wulongs.


Je pourrais faire le même liens entre les céramiques Chinoises dont même les monochromes les plus sobres restent spectaculaires et les céramiques Japonaises qui semblent rechercher un rapport à
la matière et à la nature des matériaux, plus direct.

sébastien 17/08/2012 22:39


ça me parle, je suis un peu dans le même cas de figure en ce moment : mis à part une petite exception pour un Long Jing de temps en temps, au quotidien je suis quasi systématiquement sur le
couple sencha / jeune puerh.


j'avoue que les verts japonais ont une force d'attraction et un potentiel addictif beaucoup plus fort que je ne le croyais : depuis quelques temps je bois beaucoup plus de sencha qu'autre chose !
il peut même se passer deux ou trois jours sans puerh !! incroyable !! 


bon, j'ai l'impression que ta série "mon histoire de thé" touche à sa fin, non ?


dommage, c'était une lecture très sympa ! 


un dernier épisode pour la route ?