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mon histoire de thé (9

23 Août 2012, 13:21pm

Publié par Lionel

Eh non, ce n'est pas fini ! Mon récit chronologique est arrivé à son terme, mais je prolonge un peu mon plaisir (le vôtre aussi j'espère...) avec des notes prises en vrac sur un petit carré de papier...Des réflexions, des constats récurrents que j'ai pu faire au cours de mes pérégrinations...Je ne sais trop comment organiser ces notes, je vous les livre donc telles que je les ai gribouillées...

 

+ Barrières mentales.

Je me suis à plusieurs reprises érigé des barrières mentales. Des choses que l'on s'interdit de faire, parce que "ça ne se fait pas", parce que ça sort des sentiers battus...Certaines barrières que j'ai franchies, d'autres non. Exemples :

a- faire un thé japonais dans une thière chinoise ! et inversement...

b- faire une diversité de thés dans une théière en terre (type yixing) qui se culotte !

c- faire un thé modeste dans une théière de potier prestigieuse !

d- sortir les beaux ustensiles dans un environnement mal rangé, bruyant...!

e- amener du bon thé avec moi en week-end, en vacances !

f- infuser un darjeeling autrement qu'en grande théière, infusion longue !

...

a- j'ai peu fait, pas de sencha dans une yixing, mais du wulong dans une théière W.Tozo par exemple...

b- ça je ne m'en prive plus ! tous types de pu er (sheng, shu, jeune, vieux) dans la même théière, tout absolument tout dans ma grande théière en terre...Le culottage d'une théière et ses bienfaits pour le thé, la nécessité de spécialiser une théière sur une famille de thé est un des plus grands mythes que j'aie entendu...La patine d'une théière au fil du temps c'est autre chose, ça j'y crois, je le constate chaque jour...

c- ça je le fais régulièrement

d- ça aussi

e- done !

f- jamais fait...

 

Bref, au delà des exemples concrets que je cite ici, liste non exhaustive d'ailleurs, sur le fond desquels il y aurait matière à discuter..., je constate que je me sens bien plus libre aujourd'hui dans ma pratique du thé. L'idée n'est pas de faire n'importe quoi, d'aller à l'encontre de toutes les bonnes pratiques éprouvées. Mais d'oser faire son propre thé. C'est drôle comme des choses qui paraissent simples peuvent devenir des "épreuves" : "allez je me lâche je fais ce bon thé que je remets depuis 15 jours même si les conditions ne sont pas idéales !".  Personne ne viendra vous taper sur les doigts si vous faites une de ces choses là, Big Brother n'est pas là dans un coin de la pièce pour vous surveiller, mais on n'ose pas...Ceci rejoint mon second point du jour...

 

+ Pas facile de faire son propre chemin.

Il faut du temps pour trouver sa voie, adopter la pratique du thé qui nous convient. 10 ans que je me passionne pour le thé, et comme je l'ai écrit dans le billet précédent, je sens que jamais je ne me suis senti aussi équilibré dans mon thé. On passe sa vie à se chercher, on passe sa vie de thé à se chercher. Succession d'essais - échecs/réussites. Allers, retours en arrière. Etc. Par exemple, en pu er, je débute avec des shengs prestigieux, 15 ans minimum, infusés dans une taïwanaise de potier, je prends des notes de dégustation détaillées, dégustations silencieuces un peu austères...Aujourd'hui j'utilise exclusivement une petite xishi à 40 euros, pour de très jeunes shengs, que je fais en toutes circonstances, sans me prendre la tête...C'est certainement moins bon en qualité pure de dégustation, mais je me sens mieux ainsi, ça me ressemble plus.

Vouloir avoir des objets pour lesquels on n'est pas fait.

Vouloir boire des thés prestigieux qu'on ne saura peut-être pas apprécier à leur juste valeur.

 

+ Je ne cherche pas à boire le meilleur thé possible.

Quoi ?!! Un amateur de thé qui ne cherche pas à boire le meilleur thé possible ?!!

A mes débuts c'était clairement mon objectif. Je mettais donc tous les moyens de mon côté pour y arriver (dans la limite de mes possibilités financières naturellement). Je recherchais les sensations gustatives maximales, les parfums, les saveurs les plus incroyables, la complexité, la texture, la longueur.

Aujourd'hui je ne suis plus vraiment sur ce créneau. Quand je parle de "mon thé", je n'isole pas la boisson au goût idéal, j'inclus énormément de choses : la liqueur que je bois, les théières et tasses, bols que je manipule, les livres que je lis, les échanges avec mes amis de thé, les petits poèmes qu'il m'inspire, etc.

Je vais vers un thé plus simple, plus robuste, plus facile à faire, avec moins d'instruments, faisable en circonstances non-optimales...

Le plaisir d'un moment de thé est une alchimie complexe, la combinaison tellement mystérieuse de multiples facteurs, et la résultante de tellement d'effets différents. Vous voyez une boîte noire dans laquelle entrent plein de choses (le thé, l'eau, l'ustensile d'infusion, la tasse, les paramètres de préparation, etc etc) et de laquelle sortent plein d'autres choses (parfums, saveurs du thé, toucher de la théière, relaxation ressentie, sérénité de l'instant etc etc). Le goût du thé n'est qu'une composante parmi d'autres...

 

Oulà...1 ligne sur mon post-it se transforme en 1 long paragraphe ici...donc épisode 10 à suivre...

 

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Yakimono 05/12/2012 18:52


ce texte m'a complètement sidéré, très riche et constructif, je ne savais pas qu'il y avait tant à dire sur le thé japonais, tant en terme de variété que dans la préparation. C'est toute une
culture à part que tu nous exposes et c'est très intéressant.

Lionel 31/08/2012 10:35


Madiel, effectivement il est peu question de wulongs sur mon blog, surtout depuis qu'il s'intitule "mon senchado"...mais même avant...


Question de goût personnel tout simplement. Loin de moi l'idée qu'un wulong n'offre pas la richesse gustative ou olfactive d'un sencha ou d'un pu er. Je suis d'accord avec toi quand tu dis que
les wulongs ont une fantaisie que n'a pas le sencha...quand tu parcours cette immense famille, des dan congs aux rochers, via les miellés, les plus verts de haute montagne etc etc. Mais voilà,
j'accroche moins à cette famille de thé...


Quant aux céramiques, idem. J'ai grand plaisir à utiliser ma petite xishi chinoise, sur son assiette celadon époque Qing, le tout sur un plateau en bambou...ce sont de magnifiques objets que
j'aime manipuler. Mais qui me font moins vibrer qu'un kyusu japonais et une céramique oni-hagi ou bizen...les goûts et les couleurs...

David 25/08/2012 10:28


Je ne vais pas dire que je ne suis pas d'accord avec Madiel : Dan Cong, Gao Shan, l'univers des wulong est si vaste que les possibilitées semblent infinies... Et que d'émotions gustatives.


 


Cela dit, je sais que les thés japonais, loin d'être une famille dont on fait le tour rapidement, correspondent parfaitement à l'auteur de ce blog.


 


Quant aux céramiques chinoises, que dire... ? Elles offrent de sacrées émotions pour sûr.

Madiel 25/08/2012 01:58


Bonjour,


En parcourant vos derniers commentaires, je réalise que beaucoup d’amateurs de thé ne sont pas de grands amoureux des Wulongs. Aussi je souhaiterais défendre cette variété que j’aime
particulièrement et qui au delà d’un aspect “facile” peut aussi révéler de grandes subtilités.


Résumer les Dan Cong au sucré ou au fruité est un peu réducteur. Les grands Dan Cong ont des notes boisées, camphrées, des parfums de citrouille cuite, de légumes, de fleurs. 


Certains Gao shan offrent une texture huileuse, grasse, des notes de beurre, de clous de girofle, des touches vertes...


 


Ces catégories doivent s’aborder avec les notions de baroque, de sophistication, de spectaculaire propre à certaines formes d’art chinois.


Par ailleurs mon expérience de pu er (que j’aime beaucoup) me laisse parfois un peu perplexe. L’intensité des sensations me dépasse un peu, mon palais est envahi et je dois attendre la 5e
infusion pour commencer à y voir clair.


Pour les thés japonais, j’avoue que c’est souvent sublime. Mais j’y retrouve rarement la fantaisie, voir l’humour des Wulongs.


Je pourrais faire le même liens entre les céramiques Chinoises dont même les monochromes les plus sobres restent spectaculaires et les céramiques Japonaises qui semblent rechercher un rapport à
la matière et à la nature des matériaux, plus direct. 

jean-frédéric 24/08/2012 06:06


Je lis ton post à l'instant. Je suis totalement d'accord avec toi! Rien à rajouter. Le thé c'est comme la vie, c'est un flux. C'est comme une journée. Des choses belles, d'autres moins. Le thé
n'est pas un but mais un moyen comme un autre et sans hiérarchie, vers tout ce que tu veux.