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réflexions 2)

11 Mars 2012, 10:20am

Publié par Lionel

Performance et Robustesse

 

(ces temps-ci je philosophe et conceptualise...)

 

Au vu de mes expériences actuelles, je réalise que le thé est un compromis entre performance et robustesse.

Performance : capacité à produire une liqueur de qualité, qui procure du plaisir olfactif, gustatif.

Robustesse : capacité à fonctionner, à être efficace en toutes circonstances.

 

Pour illustrer ces notions, je reprends mon duo sencha/pu er. La façon dont je vis ces 2 familles de thé me fait dire que mon sencha est performant mais peu robuste, et que mon pu er est moins performant mais plus robuste.

 

Mon sencha est performant parce que dans disons 90% des cas j'obtiens une liqueur qui me ravit au plus haut point. Un délice. Le summum selon moi du plaisir des sens, goût de la liqueur, manipulation de magnifiques ustensiles. En revanche, pour atteindre cette performance, il me faut réunir des conditions et des efforts qui rendent cette pratique peu robuste. Calme, silence, esprit reposé, peser les feuilles, contrôle de la température de l'eau, temps d'infusion, ustensiles de qualité, évidemment thé de qualité. Réunir ces facteurs de réussite n'est pas toujours aisé, si bien que je juge ma pratique du sencha peu robuste. Conséquence : une pratique qui se raréfie pour moi.

 

Rouler dans une Ferrari à 300 km/h procure des sensations fortes, un plaisir immense (j'imagine...), mais il faut la Ferrari, de belles routes rectilignes sans radar, ou réserver un circuit rien que pour soi...Performant, peu robuste.

 

Mon pu er est bien plus robuste. Petite xishi toute simple, un jeune sheng floral et parfumé. On extrait quelques feuilles de la galette, dans la théière, eau bouillante, 30 sec, 1 minutes, 3 minutes...On se prend pas la tête...Une dégustation qui se prolonge dans le temps, qui peut être interrompue puis reprise. Une pratique qui pour moi passe et fonctionne bien dans beaucoup de circonstances. Et quid de la performance ? Dans l'absolu, ça ne rivalise pas selon moi avec mes sencha...mais ça atteint néanmoins souvent de très bons niveaux. Donc la performance est là, mais plus variable.

 

Ce n'est plus là la Ferrari à 300 km/h mais au moins le coupé Alfa-Roméo ou l'Audit TT sur les routes de campagne près de chez soi. Plus facile à mettre en oeuvre et certainement générateur de plaisir.

 

Ces 2 concepts vous parlent-ils ? S'appliquent-ils à votre thé ?

Est-il possible de les porter tous 2 conjointement au plus haut point ? ou faut il en sacrifier un au profit de l'autre ?

 

 

 

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Lionel 12/03/2012 13:44


C'est vrai qu'il est bien des domaines de vie où l'on ne choisit plus, où l'on ne peut plus suivre ses désirs...Alors tâchons de le faire dans le thé. Hélas, là aussi le principe de réalité se
heurte à l'idéal. Je me rends compte que mon thé évolue au fil du temps davantage en fonction des circonstances matérielles (boulot, type de maison, naissances etc) que de mes envies. Alors oui
on sacrifie ses idéaux, on s'adapte aux circonstances...


Je me retrouve bien dans tes 3 catégories David : en dilettante, complètement cool je fais mes thés en grande théière en terre (assam, darjeeling, qimen), aux japonais je réserve les meilleures
circonstances (très tôt le matin), et les pu er passent partout...

David 11/03/2012 15:42


Il est facile de dire qu'on choisit le thé en fonction de son humeur. Mais la réalité fait que ce sont plus souvent les circonstances qui choisissent le thé pour nous. On ne peut pas toujours
être performant. Et quand bien même, il est agréable de ne pas l'être tout le temps non plus. Avec de bonnes feuilles, on obtient toujours quelque chose de bien, même si rien ne peut pour moi
rivaliser avec le gong fu cha niveau résultat. N'empêche que j'aime souvent être plus relax de temps en temps. Des fois, j'ai juste la flemme de tout sortir et essayer de bien faire. J'ai donc
des thés "performants" pour cet usage, mais ce ne sont pas mes meilleurs.


 


C'est vrai que pour moi aussi le sencha c'est toujours spécial, à part. Côté technique, avec l'habitude, je commence à délaisser certains instruments. Toujours la même "cueillère" pour prendre
son thé, donc plus besoin de balance. Toujours le même yuzamashi et bientôt j'espère le thermomètre va sauter aussi. Ca va rendre le sencha un peu plus performant, même si ça ne changera pas
l'ambiance dans laquelle on aime déguster son nectar vert...


Pas facile de concilier les deux notions que tu cites. Pour moi, le mieux restera toujours d'être à 100% de la performance et je me vois mal faire mes meilleurs dan cong en version plus lâche,
comme toi tes sencha. Ce serait gâcher. J'ai donc trois catégories de thé : ceux qui ne se font qu'en version dilettante (qualité moindre ou que j'aime moins), ceux qui ne se font qu'avec tous
les éléments réunis (mes meilleurs crus et japonais), et ceux qui se comportent bien dans tous les cas (souvent des puerh).


 


L'important, c'est de boire du thé toute la journée ! ;-)

flo 11/03/2012 13:10


"en sacrifier un au profit de l'autre ?"


 


surtout pas :D


ce qui est intéressant en toutes choses, c'est justement la rencontre de polarités fortes. de choses ou phénomènes quasiment "non conciliables" ou qui ne le seraient qu'au prix du compromis. or
le compromis peut s'avérer tiédasse, résultat d'une concession à un plus petit dénominateur commun.


Et d'où donc aurais-tu besoin de sacrifier ? le moment où tu as envie de sortir la théière du dimanche et de mettre les petites tasses dans les grandes, eh bien tu le fais. si tu te forces au
compromis, le résultat sera juste que tu n'auras pas fait ce dont tu avais vraiment envie : ça n'a aucun intérêt. S'il y a bien un espace dans nos vies où nous pouvons encore suivre nos
désirs, c'est la mangeaille et la beuverie : on va pas quand même se gêner !