Balade dans les rochers
Depuis quelques semaines, mes envies de thé vont essentiellement vers les wulongs dits de "rochers", de la région chinoise de Wuyi. Je n'ai pour l'instant en ma possession que le Rou Gui acheté cet été à La feuille de thé à Lannion. Je le dégustais surtout en zhong ces derniers temps. Hier je l'ai testé en théière : ma première théière en terre cuite, achetée à la Maison des Trois Thés en 2003, que j'avais alors destinée aux wulongs fleuris, dont le Cui Yu dont parle Emmanuel / Cha u Thé qui est un de mes premiers coups de coeur, et aussi le Wen Shan Bao Zhong, Dong Ding etc...Aujourd'hui j'ai moins d'attirance pour ces thés, si bien que cette théière peut être consacrée à une autre famille de thés.
5g pour un volume d'environ 12cl. Le parfum des feuilles sèches, une fois la théière chaude, moment toujours exceptionnel chez les rochers (comme chez les pu er), est moins plaisant qu'en zhong je dois dire. La théière semble enfermer les parfums, les empêcher de venir à mes narines, et semble en outre imprimer sa propre empreinte au thé. Si bien que je ne retrouve pas le parfum de torréfaction et de chocolat sucré que je trouvais en zhong. Pourtant cette théière n'a pas vu passer des centaines de thés fleuris, et visuellement, à l'intérieur, elle est presque comme neuve.
La première infusion de 15 secondes est plutôt claire, translucide. C'est très bon, léger de corps, pas de grosse densité chocolatée ou fruits secs comme peuvent le promettre les feuilles sèches, et que l'on peut peut-être trouver sur des rochers plus hauts de gamme. Joli mordant. Une liqueur tout en subtilité, en raffinement, harmonieux enchevêtrement de chocolat et de notes torréfiées sur une structure et un relief intéressants.
Liqueur 2, 20 secondes d'infusion. Proche de la première. Avec une note nette de cassis environ 1 minute après avoir avalé, de la glace au cassis. Ce thé je crois est appelé Rou Gui Cassia. Je n'y pensais pas au moment de la dégustation, donc pas d'auto-persuasion...
Les liqueurs 3 (45 sec) et 4 (1min) sont encore jolies mais les 2 premières sont tout de même plus fidèles à l'esprit des rochers.
Ce thé est donc très agréble. Certes il n'offre peut-être pas la palette aromatique de grands rochers, ni leur persistance à de nombreuses infusions. Mais les 3 premières liqueurs valent vraiment le coup. Quand à l'intérêt de la théière face au zhong, un point positif : les liqueurs ont peut-être plus de corps et de force (mais je vais encore le vérifier), un point négatif : la théière interfère trop dans l'expression du parfum des feuilles sèches puis humides, chose à laquelle je suis très attaché...
Avez-vous aussi véçu cela : avoir le coup de foudre pour une nouvelle famille de thés, et leur consacrer l'essentiel de vos dégustations pendant plusieurs mois ? Les pu er ne m'attirent presque plus ces temps-ci, alors qu'ils sont ma passion depuis 2 ans. Depuis cet été je rêve de rochers, et ce rou gui m'accompagne souvent. Les noms des thés de cette famille me font rêver :
-Da Hong Pao : grande robe/manteau rouge
- Bai Ji Guan : crête de coq blanche
- Tie Luo Han : nom d'une divinité bouddhique (tie = fer comme dans tie guan yin)
- Ban Tian Yao : ceinture au milieu du ciel
- Shui Jin Gui : tortue de l'eau d'or
- Ba Xian : huit esprits
- Bei Dou : étoile du nord
- Shui Xian : fleur/narcisse d'eau.
Je vous reparlerai certainement prochainement de cette famille de thés, surtout lorsque j'aurai l'occasion d'en goûter d'autres. Si d'ores et déjà vous avez des expériences à partager autour de ces rochers (mode de préparation - idéal = gros dosage et brefs temps d'infusion ?, dégustations...) je suis évidemment très intéressé (je crois savoir que Raphaël est aussi un grand amateur, tout comme Jean Danthes...).