Monolithe ou kaléidoscope ?
JOYEUSES FETES et BONNE ANNEE 2007
Avez-vous remarqué qu'au delà des six familles de thé (blanc, jaune, vert, bleu-vert, rouge, noir), il existe deux grands types de thés ? La classification que je vous propose ici ne repose pas sur des critères liés au processus de fabrication, mais sur la nature de la liqueur, sa structure plus exactement. D'un côté, les thés que je qualifie de "monolithiques", simples, bruts, de l'autre, des thés complexes, polychromes, polymorphes. Dans la première catégorie, je range essentiellement les thés rouges et certains pu er. Dans la seconde, les wulongs et d'autres pu er.
En quoi consiste une dégustation de thé ? En la rencontre entre soi et le thé. En l'occupation par la liqueur d'un espace-temps. L'espace de la bouche et du nez, le temps du thé...Chacun de ces deux types de thés occupe l'espace et le temps à sa façon. Les premiers sont francs, immédiatement entiers, instantanément eux-mêmes. Ils se présentent à nous sans apparat. Ils sont là, simplement. La liqueur est souvent sombre, marron, brune. Dès l'entrée en bouche, le caractère est affirmé, il variera peu même si l'on "joue" avec la liqueur en bouche. Pas de notes de tête ou de notes de queue. Assez peu d'évolution au fil des infusions. Ils occupent l'espace-temps par leur simplicité et leur personnalité unique et forte. Un Yunnan (Dian Hong), un Keemun (Qi Hong), un Lapsang souchong...Fiers monolithes, solides blocs de pierre, inaltérables et inusables. Mon coeur ne se lasse pas de les rencontrer. Les seconds thés sont plus mystérieux, ils ne dévoilent leurs charmes qu'après quelques préliminaires...Petit à petit, on les découvre dans toute leur complexité, pas à pas on chemine dans la diversité de leurs arômes et de leurs parfums. En bouche c'est le feu d'atifice : "Ô le miel ! Ô le chevrefeuille !". Kaléidoscopes, symphonies de fragrances. Cui Yu, Si Ji Chun, Mi Lan Xiang, Da Hong Pao...Rares pépites, précieux diamants aux multiples reflets.
Je vais vers les premiers quand je me sens dispersé, dilué dans les contingences de la vie quotidienne. Ils m'apportent unité et simplicité. Je rencontre les seconds en toutes autres circonstances. Quand mon corps et mon esprit, déjà en harmonie, veulent s'offrir un voyage exotique et coloré, aux mille aventures et rebondissements.